LES LORETTES ESSUIENT LES PLÂTRES

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Jeunes femmes aux mœurs légères, les lorettes habitent au 19e siècle un quartier en pleine évolution situé entre les grands boulevards et Montmartre. Installées autour de l'église Notre-Dame-de-Lorette, elles y gagnent à la fois un surnom - lorette - et une drôle expression liée aux immeubles récemment terminés.

Dès 1783, Louis-Sébastien Mercier, observateur attentif de la vie parisienne, décrit les inconvénients de ces maisons neuves : "Les plâtres que l'on emploie font beaucoup de mal parce qu'ils sèchent difficilement et que l'on habite imprudemment les édifices nouvellement bâtis. De là, des paralysies et autres maladies, dont l'origine est attribuée à des causes étrangères." Et il révèle une coutume bien surprenante : "On abandonne ces maisons neuves et humides aux filles publiques. On appelle cela essuyer les plâtres."

Au siècle suivant, rien ne change ! Contre la promesse de bas loyers, les propriétaires du quartier de Notre-Dame-de-Lorette exigeront que les appartements occupés quelques mois par les filles soient chauffés et les fenêtres bien protégées par des rideaux.

Le temps de faire sécher les plâtres par ces pauvres créatures intégrées - en quelque sorte - dans la grande famille des corps de métier du bâtiment.

Sujet à retrouver dans le tome 5 des Promenades parisiennes : Paris, capitale de l'Amour  Deux circuits pédestres au cœur de Montmartre et de la Nouvelle Athènes. Textes et illustrations : Anne Chevée   -    Disponibles à la FNAC (sur commande) et à L'Esperluète, à Chartres.  Prix : 9 euros

 


PORTRAIT D'UN ROI

CV - Copie

Fin lettré, le roi Charles V a exercé son pouvoir de manière subtile et efficace au cœur d'un siècle marqué par les crises.         

Récession économique, guerre de Cent Ans, terrible épidémie de peste font de ce siècle, une époque d'incertitudes. Pourtant, malgré les difficultés, une véritable politique des arts s'instaure et la sculpture est investie d'un rôle politique: proclamer la magnificence royale. L'année même de son avènement en 1364, Charles V commande son gisant à André Beauneveu.

Ce sera le premier portrait d'un roi réalisé de son vivant. Le souverain apparaît vêtu comme il l'était le jour du sacre. Son visage nous livre une image saisissante, celle d'un homme de vingt-sept ans précocement vieilli par la maladie. Aussi cruel soit-il, cet exceptionnel chef-d'oeuvre témoigne de la naissance du portrait au Moyen-Age.  

Cette oeuvre sera présentée en cycle Approches mardi 27 mars 2018


ÉMOUVANTES LAIDEURS

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Considéré comme une finalité en art par la critique bien-pensante du 19e siècle, le Beau s'est parfois révélé très réducteur pour la création artistique. 

De nombreux artistes ont pourtant démontré que les images dérangeantes pouvaient introduire un nouveau langage. Basé sur une touche plus dynamique, une palette de couleurs violentes ou une construction anatomique peu flatteuse cet axe créatif conduira à l'art moderne du 20e siècle. Parmi les interprètes de la laideur figurent des personnalités aux aspirations parfois très divergentes comme Goya ou Degas.

Mentor de l'américaine Mary Cassatt, Degas semble avoir transmis cette spécificité à sa protégée. Cassatt n'hésite pas à représenter des personnes sans grande beauté, trop ordinaires. La critique sera telle qu'elle lui vaudra le titre peu flatteur d'"apôtre de la femme laide dans l'art".

Mais si la remarque vaut aussi pour les enfants, force est de constater que cette supposée laideur les rend particulièrement réalistes et beaucoup plus touchants. Mary Cassatt exploite avec brio ce thème modernisé de la mère et de l'enfant. Même si selon les mots d'un critique, elle représente "des femmes laides dans des vêtements curieux et des bébés qui en sont dépourvus". 


UNE QUESTION DE TENUE

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On connaît le tempérament d'Edgar Degas en société qui, selon son entourage, se montre volontiers "étincelant", voir "insupportable". "Faiseur de bons mots", il emploie avec une certaine délectation boutades, maximes ou blagues à l'encontre des gens de lettre, de l'Institut ou encore des artistes.

Cette liberté de parole se double d'une forme d'objectivité en peinture qui peut parfois surprendre le sujet lorsqu'il le choisit parmi ses proches.Car soucieux du rendu naturaliste des attitudes, le peintre parisien s'appuie sur les capacités expressives de la ligne sans toujours flatter le modèle.

C'est le cas de cet étonnant portrait de l'artiste Mary Cassatt. Bien qu'amis, le peintre français ne la ménage pas et la représente penchée en avant, dans une attitude peu conforme à celle qu'adoptent les femmes élégantes de sa condition. Il souligne ainsi sa concentration mais fait ressortir les traits angulaires du visage de la jeune femme qui parait presque masculine. Une manière un peu brutale chez Degas d'exprimer picturalement ce que lui inspire son amie : malgré sa tenue parisienne, il considère que la jeune femme reste "américaine" avant tout et donc un peu moins civilisée que ses consœurs européennes. 

A voir jusqu'au 23 juillet 2018 dans l'exposition du Musée Jacquemart André.  


LA PERLE DE COROT

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Célèbre pour ses talents de paysagiste, Camille Corot est aussi l'auteur de peintures de figures. Peu connue, cette production ne fut que rarement présentée au public.

Corot y révèle pourtant un usage hardi de la couleur et une touche plus libre que dans ses paysages. Graves, rêveuses ou mélancoliques, les femmes représentées s'inspirent souvent des maîtres anciens comme cette interprétation librement inspirée de La Joconde.

Fruit de sa maturité artistique, on a parfois voulu reconnaître dans cette composition un autre chef d'oeuvre de la peinture occidentale, La jeune fille à la perle de Vermeer. Mais si le titre fait effectivement référence au fameux tableau du maître de Delft, le modèle de Corot ne porte pas de perle. L’élément qui se détache sur son front est en fait une petite feuille de la couronne végétale qui coiffe la jeune femme. 

Multipliant les variations autour d'un thème, Corot "décante" le modèle comme le fera Cézanne en reproduisant encore et toujours la montagne Sainte Victoire. Il gagne en monumentalité et renouvelle sa peinture au crépuscule de sa carrière. Une audace comprise par la jeune génération du siècle d'après, celle de Picasso et de Braque qui s'en inspirera. 

Sujet présenté lors du cycle Actualités des expositions, en salle ART'Hist, à Chartres.

Exposition "Corot. Le peintre et ses modèles" - Musée Marmottan-Monet - Paris. 


LA GRANDE FERNANDE

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"J'habitais le 13 de la rue Ravignan, quand je remarquais un personnage assez particulier qui venait de s'installer dans la maison. C'était Picasso. Il n'avait rien de très séduisant [...] pourtant, son étrange regard insistant forçait l'attention.[...] ce rayonnement, ce feu intérieur que l'on sentait en lui dégageaient une espèce de magnétisme, à quoi je ne résistai pas.

J'étais, disait-on, la santé, la jeunesse mêmes : grande, pleine de vie, de tous les espoirs de bonheur, confiante, enfin vivant d'illusions.

Parfait contraste avec lui !"

Témoin précieux de la vie laborieuse menée par Picasso au Bateau-Lavoir, Fernande Olivier accompagnera le peintre à partir de 1904 à travers les riches années de la période rose et du cubisme. Un temps de créativité mais qui fut aussi celui des jours sans pain et sans feu ..

Sujet développé mardi 9 et mercredi 10 janvier 2018 en cycle Tout connaître de Paris. 


GAUGUIN, SANS PEUR ET SANS REPROCHE

Extrait d'une lettre de Gauguin à sa femme, Mette. Mars 1892.

(...) Car je suis un artiste et tu as raison, tu n'es pas folle, je suis un grand artiste et je le sais. (...) Tu me dis que j'ai tort de rester éloigné du centre artistique. 25 Monstruosités  1890 91
 
Non, j'ai raison, je sais depuis longtemps ce que je fais et pourquoi je le fais. Mon centre artistique est dans mon cerveau et pas ailleurs et je suis fort parce que je ne suis jamais dérouté par les autres et que je fais ce qui est en moi.

Beethoven était sourd et aveugle, il était isolé de tout, aussi ses oeuvres sentent l'artiste vivant sur sa planète à lui. Vois ce qui est arrivé à Pissarro à force de vouloir toujours être en avant, au courant de tout, il a perdu toute espèce de personnalité et son oeuvre entière manque d'unité. Il suit toujours le mouvement depuis Courbet, Millet, jusqu'à des petits jeunes gens chimistes qui accumulent des petits points. (Gauguin fait référence à l'intéret de Pissarro pour le pointillisme de Seurat)

(...) Je crois faire mon devoir et fort de cela, je n'accepte aucun conseil, aucun reproche.

Autoportrait au Christ jaune - vers 1891 - Musée d'Orsay

Sujet développé lors de la soirée "Gauguin" au Grand Monarque, à Chartres, le 1er décembre 2017. Conférence suivie d'un dîner. 


PASSIONS LITTÉRAIRES ET PICTURALES

Edouard Manet
En littérature comme en peinture, les naturalistes de la fin du 19e siècle ont largement usé de la prostitution pour exprimer la"vérité en art". Cette manière de dépeindre les bas-fonds de la société en pointant ses travers, servait aussi l'audace des auteurs, peintres comme écrivains. 

1880 sera particulièrement prolixe avec la parution de Nana de Zola et trois nouvelles de Maupassant dont Boule de Suif. A cette occasion, la presse bien-pensante qualifie l'année de pornographique. C'est le début d'un âge d'or pour les "romans de filles". 

Zola fait du personnage de Nana un sujet expérimental qui dévoile les ressorts du demi-monde parisien et la prostitution comme sujet littéraire sert de prétexte à une véritable analyse sociale. Car son héroïne incarne le Second Empire : la mort de Nana rongée par la petite vérole coïncide avec la chute du régime honni.

(Nana - Edouard Manet - 1877 - Hambourg.)

Sujet développé mardi 21 et mercredi 22 novembre 2017 - Cycle Tout connaître de Paris. 


BANQUET FUNÉRAIRE CHEZ LES ETRUSQUES

Le bras passé derrière le dos de sa compagne, l'homme se veut protecteur. Un même sourire rêveur flotte sur leurs lèvres. Ils ont partagé cette vie içi-bas, ils attendent sans crainte l'entrée dans l'autre monde.

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Sarcophage des époux - 530-510 av. J.C. - Musée du Louvre - terre-cuite - longueur: 1,94m.

Découvert en 1846 par le marquis de Campana, ce sarcophage de terre-cuite gisait, brisé en plusieurs morceaux dans une tombe à tumulus de la cité-état de Caéré au nord-ouest de Rome. Le caractère exceptionnel de l'oeuvre (un seul autre exemplaire du même type est conservé au Musée de la Villa Giulia à Rome) indique que les défunts appartenaient aux classes supérieures de la société étrusque. Enrichis par leurs activités économiques et maritimes, les plus aisés adoptèrent un mode de vie raffiné.

La main et le flacon ont disparu mais la position du bras droit de la femme indique qu'elle s'apprête à verser quelques gouttes de parfum sur la paume de son époux. Comme le banquet auquel ils participent (la coutume de festoyer à demi allongé sur un lit était traditionnelle), l'offrande du parfum et du vin appartient au rituel funéraire étrusque.

Cette figuration  - le banquet couché représenté sur un sarcophage - n'est pas une invention de l'artiste étrusque. Ce sont les cités grecques ioniennes établies sur la côte de l'Asie Mineure, l'actuelle Turquie, qui transmirent à la Grèce occidentale et à l'Etrurie la coutume de festoyer allongé.

Sujet du Cycle Approches, présenté mardi 6 novembre 2017.


LA GOULUE CASSE LA BARAQUE

Ces deux panneaux ont été réalisés par Toulouse-Lautrec à la demande de la Goulue comme décor de scène. Danseuse célèbre, Louise Weber - surnommée la Goulue - quitte les cabarets pour travailler à son compte dans une baraque de la Foire du Trône en 1895.

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Le premier panneau représente l'époque de sa gloire au Moulin Rouge lorsqu'elle dansait avec Valentin le Désossé. 

L’'impression de mouvement est renforcée par le cadrage et les postures très exagérées qui figuraient aussi sur une affiche réalisée par Toulouse-Lautrec quelques années auparavant.

 

 Le second panneau illustre la danse mauresque exécutée par la Goulue à la foire du Trône. Les musiciens portent des habits inspirés d'un Orient de pacotille (les almées sont des danseuses égyptiennes). Parmi les silhouettes placées au premier plan apparaissent plusieurs personnalités proches du peintre: la danseuse Jane Avril coiffée d’un grand chapeau, l’écrivain Oscar Wilde, Gabriel Tapié de Celeyran, cousin germain du peintre, Toulouse-Lautrec lui-même et le critique Félix Fénéon.  La présence de Wilde et Fénéon peut être perçue comme une forme de provocation de la part de Lautrec car Fénéon fut poursuivi comme anarchiste lors du procès "des trente" (1894) et Wilde, condamné à la prison en 1895 pour homosexualité. 

 

L'exhibition ne connut pas le succès escompté et les panneaux finiront découpés en huit morceaux avant d’être achetés par l’Etat en 1930.Décor de la baraque  

 

 

Sujet présenté en cycle Tout connaître de Paris mardi 17 octobre et mercredi 18 octobre 2017.


PUZZLE OSIRIEN

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Saviez-vous que c'est à la déesse Isis que nous devons l'invention du puzzle ?                                                                          C'est un temps révolu, bien sûr, où les femmes se souciaient davantage du bien-être de leurs époux que de leur vernis à ongles (honte à toutes celles qui se reconnaissent dans cette description de l'épouse moderne)!

En 2 mots et 10 morceaux: Osiris (le gentil) fut découpé par son frère Seth (le méchant) qui jeta les morceaux dans le Nil. Mais grâce à la ténacité et la patience d'Isis (la femme d'Osiris) le premier fut reconstitué. Et comme c'est une belle histoire, elle a une belle fin: de l'union d'Osiris et Isis naquit le petit faucon Horus qui comme chacun sait, est l'ancêtre des pharaons !

Vous suivez toujours? Si ce n'est pas le cas cliquez, cliquez:

Osiris au Louvre: un pendentif précieux représentant Osiris, Isis et Horus.

Petite vidéo : Téléchargement Toucher du doigt Osiris

Ce chef d'oeuvre de l'orfèvrerie égyptienne est actuellement visible dans l'exposition de la Petite Galerie du Louvre. Ce sujet a été développé lors des cycles Approches et Actualités des expositions. 

 

 


T'AS D'BEAUX YEUX, TU SAIS

Le scribe accroupi
Découvert au 19e siècle sur la nécropole de Saqqarah par l'archéologue français Mariette, voici le plus célèbre des inconnus du Louvre.

Chef-d'oeuvre de la sculpture de l'Ancien Empire - il est contemporain des grandes pyramides - l'homme au regard énigmatique devait être important pour avoir bénéficié d'une représentation aussi soignée.

Prince ? Haut-fonctionnaire ? Nul ne le sait mais il est figuré en "scribe accroupi" et témoigne ainsi de l'importance primordiale qu'a eue dans la civilisation égyptienne, l'écriture dont la double vocation fut d'exalter la puissance des dieux et de décrire la vie au-delà de la mort, comme de servir à l'administration et au commerce. 

Ce sujet sera présenté mardi 3 octobre en cycle Approches, en salle ART'Hist.

Clic ! Clic ! Pour le regarder à la loupe ... 


L'AUDACE D'UNE BRUNE

Berthe Morisot
Femme d'exception, Berthe Morisot réussit à mener une vie de grande bourgeoise, d'épouse et de mère de famille ainsi qu'une carrière de peintre d’avant-garde à une époque qui ne favorisait guère l'émancipation féminine. Muse puis belle sœur d'Edouard Manet, elle deviendra l’une des principales figures du groupe impressionniste et l’intime de Degas, Renoir, Monet et Mallarmé.  

Dans ce portrait, réalisé l'année de la première exposition impressionniste, la jeune femme apparaît vêtue de noir car elle porte le deuil de son père. Edouard Manet insiste sur la longue main élégante qui saisit l'éventail. Berthe Morisot était particulièrement attachée à ce tableau qu'elle gardât tout au long de sa vie, probable cadeau de mariage d'Edouard Manet. 

Ce tableau figure dans les collections du Palais des Beaux-Arts de Lille. Il fera l'objet d'une présentation lors de la conférence "Regards sur ...Lille, histoire et patrimoine" programmée mardi 6 juin 2017.


LA VIERGE AU BUISSON DE ROSES

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Objet d'une immense vénération dans le monde chrétien d'Occident comme dans l'Orient byzantin, la figure mariale a beaucoup varié dans ses représentations au fil des siècles. 

Après les vierges hiératiques et austères du haut Moyen-Age, le caractère humain de Marie s'impose au 13ème siècle. Désormais élégantes et maternelles, les Vierges à l'Enfant placées sous le signe de la tendresse se multiplient à partir de la fin du Moyen-Age et connaissent une fortune immense jusqu'au 19ème siècle.

L'une des variantes charmantes de ce courant est La Vierge au buisson de roses, thème inspiré d'un passage du Cantique des Cantiques où la Bien-Aimée est comparée à cette fleur. Sensible au courant mystique qui entoure la Vierge dans les dernières années du 15ème siècle, le peintre Martin Schongauer en a livré l'une des plus belles interprétations. (détail ci-dessus)

Ce chef-d'oeuvre conservé à Colmar sera étudié lors de la conférence du mercredi 31 mai "Joli Mai. Mois de la Vierge" en salle ART'Hist, à Chartres. Inscription préalable requise.

 


OBSESSIONS NORDIQUES

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Jouer du luth, manger des huîtres, nourrir son perroquet, lire ou écrire une missive.

Ces scènes répétées par de nombreux peintres hollandais de la fin du 17e siècle répondent au désir d'une classe privilégiée. Constituée par des familles de commerçants résidant dans les grandes villes, cette minorité souhaite se distinguer par son comportement, sa tenue et désire un type d'art qui reflète l'image qu'elle a d'elle-même.

La peinture de genre de la génération de Vermeer répondra parfaitement à cette demande, multipliant les sujets axés sur les passe-temps de personnages élégants dans une ambiance intime et raffinée, parfois teintée d'humour ou de poésie.

Une recette parfaitement assimilée par les peintres qui explique - en partie - la répétition obsessionnelle des thèmes évoqués.  

Sujet présenté lors du cycle Actualités des expositions " Vermeer et maîtres de la peinture de genre" - 5 - 6 et 7 avril 2017. 


CHER BON GOÛT

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Le décor des boudoirs de Marie-Antoinette est considéré comme l'aboutissement du raffinement en matière de décoration intérieure à la fin du 18e siècle. Ils se distinguent par l'harmonie obtenue entre le décor fixe et le décor mobilier, la qualité de la sculpture, de la peinture ou de la ciselure. Lors de l'aménagement du cabinet de la Méridienne à Versailles ou la modernisation des appartements de la reine à Fontainebleau, peintres, doreurs, sculpteurs, ébénistes ou bronziers donnèrent ce que l’artisanat français faisait de mieux - et de plus dispendieux - à la veille de la Révolution. 

Sujet développé en cycle Tout connaitre de Paris - Les ébénistes du faubourg Saint-Antoine" - 4 et 5 avril 2017. 


BAUDELAIRE ET RODIN, LES FLEURS DU SCANDALE

Je suis belle
L'un sculpte et pétrit amoureusement la terre comme la chair, l'autre cisèle les mots et publie les plus charnels des poèmes de son siècle.

Voir Rodin à la lumière des Fleurs du mal de Baudelaire vous conduira assurément vers la Porte de l'Enfer, chef-d'oeuvre inachevé du sculpteur, né alors qu'il lit avec délectation les poèmes de Baudelaire.

Conçue entre 1880 et 1888, la Porte de l'Enfer constituera un inépuisable réservoir de figures tout au long de sa carrière. Reprenant sans cesse ses figures, Rodin modifie radicalement la signification d'une forme en l'utilisant dans un contexte différent. C'est ainsi que la Femme accroupie située près du Penseur, compose avec l'Homme qui tombe une oeuvre renommée Je suis belle.

La femme accroupie. Sa posture est pour le moins hardie, elle écarte sans pudeur les jambes. Attitude quasi-primitive, aux antipodes de la bienséance et qui fait écho au réquisitoire de maître Pinard en 1857 lorsqu'il tonne contre Baudelaire. "Messieurs, je crois avoir cité assez de passages pour affirmer qu'il y a eu offense à la morale publique. Ou le sens de la pudeur n'existe pas, ou la limite qu'elle impose a été audacieusement franchie." La parution de la première édition des Fleurs du mal vaudra au poète un procès et six poèmes seront censurés.

Rodin a aimé les femmes. Il en posséda quelques-unes, c'est bien connu, physiquement et moralement. Mais elles sont des centaines à être désormais couchées sur ses papiers à dessin. Objets d'étude dont il veut saisir la beauté éternelle, voluptueusement offertes. Recherchant la spontanéité de la pose, Rodin encourage ses modèles à évoluer avec naturel tout en appliquant une méthode d'une grande liberté d'exécution: il ne quitte pas le modèle des yeux tout en dessinant les poses les plus extravagantes. A la recherche de la forme pure, il compose ainsi des dessins d'une grande charge érotique.

Passions, conflits et angoisses ont nourri pareillement les expressions artistiques des deux hommes. Habités par la violence des sentiments, Baudelaire et Rodin approchent de cette conception du symbolisme définie par Aurier en 1891, celle qui est capable, enfin, de "faire frissonner l'âme".

Sujet présenté en cycle Actualités des expositions, mercredi 29, jeudi 30 et vendredi 31 mars 2017. 


LA VIE EN BLEU

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Lorsque Madame du Barry devient la favorite de Louis XV, elle reçoit bijoux et domaines à l'égal de la défunte Madame de Pompadour.

Séduite par la proposition du marchand-mercier Poirier, la nouvelle comtesse commande pour son château de Louveciennes un étonnant guéridon d'acajou orné de scènes galantes et exotiques peintes sur porcelaine. L'audacieux mariage du bois aux couleurs vives de la céramique témoigne parfaitement du goût de l'époque pour les petits meubles luxueux ainsi que de l'habileté technique des peintres de la manufacture de Sèvres

Sujet présenté en cycle Tout connaître de Paris - "Martin Carlin, ébéniste". 28 et 29 mars 2017. 


DE L'ALLURE ET DE L'AUDACE

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Simplifier, oser et cependant ... continuer à charmer.
Depuis le début du 20e siècle, les femmes se sont progressivement libérées des contraintes vestimentaires que leur imposait le diktat de la bienséance. Entravées par d'incommodes crinolines ou étouffées par leurs corsets, elles ont commencé par montrer leurs chevilles et fini par couper leurs jupons.

Mais avant les scandales provoqués par les pantalons féminins, le port du bikini ou celui de la mini-jupe, d'autres bouleversements ont accompagné la libération du corps féminin. Marie-Antoinette en fit les frais dès les années 1780.

Peinte dans une robe dite "en chemise", la simplicité de sa tenue cristallisa aussitôt les critiques lors de la présentation du tableau au Salon. Face à l'opinion publique, l'administration royale préféra ôter ce portrait et le remplacer par une image plus consensuelle. 

Sujet développé les 22, 23 et 24 mars 2017 en salle ART'Hist.  Cycle actualités des expositions. "Tenue correcte exigée" - Musée des Arts décoratifs - Paris. 


DESIGN AU SIECLE DES LUMIERES

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Une merveille de mécanique, un système complexe de ressorts et de contrepoids, le bureau livré au roi en 1769 par l'ébéniste Riesener est aussi un chef-d'oeuvre de marqueterie et de sculpture.

Louis XV souhaitait travailler à l'abri du regard parfois indiscret des familiers de la cour et préserver son courrier sans être obligé de le ranger. 

Jean-François Oeben puis Jean-Henri Riesener ont imaginé ce secrétaire à cylindre considéré comme le meuble le plus emblématique de l’ameublement français au XVIIIe siècle. Neuf années ont été nécessaires pour le concevoir; quatorze corps de métier (ébéniste, bronzier, ciseleur, doreur, horloger ...) y ont contribué. Une seule clé permettait d'ouvrir à la fois le cylindre, de débloquer les tiroirs et d'accéder aux casiers secrets du meuble. 

Introduit en 1712 dans le discours théorique de l'art, le mot design prend tout son sens à cette époque témoignant ainsi de l'inventivité de la création française. Unité du dessein et du dessin, pour la première fois le mobilier est pensé avec une intention particulière et sa forme est adaptée à la fonctionnalité et au confort. 

Sujet étudié lors du cycle Tout connaitre de Paris. Chefs-d'oeuvre de l'ébénisterie parisienne. Mardi 21 et mercredi 22 mars 2017. Salle ART'Hist à Chartres. 


TURQUERIES ET AUTRES FACETIES

Boudoir turc artois
Loin des réalités de l'Empire ottoman, l'aristocratie parisienne du 18ème siècle fantasme sur un monde merveilleux composé d'odalisques délicieuses, de charmants sultans et d'exotiques chameaux.

D'une grande sensibilité à la mode, Marie-Antoinette et son turbulent beau-frère cèdent à la fin des années 1770 à cette mode du goût turc et ordonnent l'aménagement de cabinets raffinés. D'une inventivité et d'une fantaisie peu commune, les éléments de ces décors et plusieurs pièces de mobilier sont à nouveau réunis au Louvre et à Fontainebleau.

Sujet présenté les 8 et 9 mars 2017. Cycle Tout connaitre de Paris. Chefs-d'oeuvre d'ébénisterie. Salle ART'Hist à Chartres. 


DAUMIER, LE MICHEL-ANGE DE LA CARICATURE

 

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LA CRINOLINE PAR TEMPS DE NEIGE. "Ma belle dame...faut'il vous donner un coup d'balai?"

Comme de nombreux dessinateurs de presse sous la monarchie de Juillet, Honoré Daumier est contraint de renoncer à ses caricatures politiques.

A partir de 1835, il se consacre à la satire de moeurs qui lui permet de ridiculiser l'autorité en l'atteignant dans ses activités commerciales et financières. Chaque série d'estampes démontre l'acuité de son observation et son sens inné des formes. Qualités que son ami Balzac résume d'une phrase lapidaire qui honore le caricaturiste: "Ce gaillard-là a du Michel-Ange sous la peau!"

L'observation des aléas météorologiques lui offre une multitude de possibilités plastiques dont il joue avec le plus grand bonheur.

Quelques exemples de caricatures politiques en cliquant sur les deux adresses suivantes:

http://www.histoire-image.org/site/rech/resultat.php?mot=&auteur=daumier&auteur_id=&titre=&liste_themes=&type_oeuvre_id=&annee_debut=&annee_fin=&musee=&x=62&y=7

Un site particulièrement riche:

http://expositions.bnf.fr/daumier

Ce sujet sera développé mardi 7 février 2017 en cycle Approches. 


UNE CULOTTE A L'ENVERS MAIS UN TRÔNE AU BON ENDROIT

13 titre donné des le 12es par Suger car fondateur de St Denis le trouve disloquéBien connu dès le Moyen-Age, le bon roi Dagobert doit une partie de sa célébrité à un étonnant fauteuil de bronze.

Identifié dès le XIIe siècle sous l'appellation de "trône de Dagobert", on le présentait alors comme oeuvre de saint Eloi, orfèvre de ce même roi. Il est probable que seule sa présence très ancienne dans le trésor de l'abbaye de Saint-Denis a pu ensuite le préserver de la fonte.

Autrefois doté de lanières de cuir pour l'assise, il pouvait se plier et devenir ainsi un siège de campagne aisément transportable. Qualité mise à profit par Napoléon 1er en 1804 qui le fera transporter au camp de Boulogne lors de la remise des premiers insignes de la Légion d'honneur. Un usage qui nécessita une grossière réparation encore visible et qui a bloqué le pliant en position ouverte.

La consécration de Dagobert tient cependant moins à son illustre siège qu'à la notoriété de sa culotte. Chantée dès le 18e siècle dans la rue, les paroles de cette chanson constituaient une critique virulente à l'encontre du monarque du moment - Louis XVI - qui, à défaut de problèmes de culotte, connut quelques soucis de tête ! 

Un trône posé au bon endroit, encore pour quelques mois, au Musée national du Moyen-Age à Paris, le musée de Cluny. 

Visite guidée de l'exposition Les temps mérovingiens - Musée de Cluny - Samedi 28 janvier 2017 à 13h15. 

A propos de la tombe d'Arégonde dont les bijoux sont présentés dans l'exposition...et de l'étonnante découverte de 2003 ....

 


REGARDER DU PICASSO N'EST PAS SANS DANGER POUR L'ORGANISME

[...] L'impression produite par la salle Picasso est proprement monstrueuse [...]. Alexandre Benois. 

La buveuse d'absinthe - Picasso - Ermitage - St-Petersbourg
1912. A des milliers de kilomètres de l'atelier parisien de Picasso, un palais moscovite regorge de toiles avant-gardistes. Couvrant les murs d'un kaléidoscope de couleurs où les roses de Matisse rencontrent la lumière de Monet, elles perturbent les invités du maître des lieux, Sergueï Chtchoukine. Drôle de personnage que ce Chtchoukine. Sous des allures d'esthète, ce petit bonhomme affligé de bégaiement est un redoutable magnat du textile doublé d'un amateur d'art contemporain, celui des avant-gardes du 20e siècle.                                                                    

Dès 1910, avec l'accrochage de la Danse de Matisse, sa collection jouit d'une exceptionnelle célébrité mais dégage un parfum de scandale. En cause, les couleurs - ce jaune obsédant des toiles de Gauguin - ou la nudité mais aussi ce dénuement de certaines compositions qui exprime la nouvelle donne minimaliste. Outrances et jouissances esthétiques qui effraient parfois le collectionneur lui-même. Persuadé que l'Art lui apporte une forme de vérité existentielle malgré les tragédies qui s'abattent sur sa famille, le mécène semble chercher une forme de purification lorsqu'il acquiert ses premières œuvres de ce Picasso qu'il voit comme l'antipode de Matisse.                                                    

Chtchoukine isole les œuvres du maître espagnol dans une pièce située à l'écart, sorte de "cellule". Effrayé par ses propres choix mais déjà convaincu de leur justesse, il se soumet ainsi à un temps d'accoutumance qui lui permet de vérifier la pérennité de son intérêt pour l'œuvre picassienne. Lucide, Chtchoukine dira de Picasso: "c'est probablement lui qui a raison, et pas moi ". 

Un sentiment que résumera parfaitement le critique d'art Alexandre Benois en 1912 après sa découverte des chefs-d'oeuvre toxiques réunis par Chtchoukine : [...] vous sentez que quelque chose vous a empoisonné mais que quelque chose s'éveille en même temps en vous [...]

Sujet développé dans le cadre du cycle Actualité des expositions; mercredi 7 - jeudi 8 et vendredi 9 décembre 2016.

A regarder : une vidéo d'Arte sur la collection Chtchoukine

 


TABLE-BIJOU

200 PAIX MODE EMPLOI table de teschen  offerte 1780 Neuber

Vendue ! Pour 12,5 millions d'euros, cette pièce exceptionnelle est récemment entrée dans les collections du Louvre.                                                 

Fabriquée en 1779 par le joaillier Neuber, elle est ornée de 128 échantillons de pierres fines qui en font un véritable cabinet de minéralogie miniature. Mais outre la performance technique et artistique, l'objet est aussi un symbole fort de la marche vers la paix du vieux continent européen au 18e siècle. 

Bref rappel historique (très simplifié)  : Autriche et Prusse s'affrontent - en cause, la succession de la Bavière. La Saxe est impliquée mais ne veut pas prendre parti, tout comme Louis XVI dont la femme est autrichienne mais qui se montre prudent. De manière avisée, le monarque français proposera une médiation confiée à son ambassadeur à Vienne, le baron de Breteuil. Le travail remarquable mené par le diplomate mettra fin à une guerre particulièrement meurtrière grâce à l'accord signé à Teschen le 13 mai 1779. 

Preuve de la reconnaissance du travail accompli, cette table-bijou sera offerte au baron de Breteuil et restera propriété de la famille avant d'intégrer les collections nationales et d'être reconnue Trésor national et oeuvre d’intérêt patrimonial majeur. 

Elle est actuellement visible au musée du Petit Palais, à Paris, dans le cadre de l'exposition "L'art de la paix".                  

Sujet développé dans le cycle Actualités des expositions jeudi 1er décembre et vendredi 2 décembre 2016.


JUDITH, UNE FEMME DE TÊTE

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Jeune veuve israélite, sage et pieuse, la belle Judith est l'un des sujets de prédilection de la peinture baroque au 17e siècle.
                                                                                            
Alors que le général assyrien Holopherne, réputé pour semer la terreur et détruire les lieux de culte, organise le siège de Béthulie; Judith s’introduit par ruse dans le camp ennemi. Invitée dans la tente du général, elle profite de son sommeil aviné pour lui trancher la tête avec sa propre épée. De retour à Béthulie, Judith brandit son trophée et redonne ainsi courage aux Israélites qui attaquent le camp de leurs ennemis désemparés par la mort de leur chef. 

Bien que le Livre de Judith soit un récit plus ou moins légendaire, il fut admis dans le canon biblique et catholique en 1546 lors du Concile de Trente. Judith, en raison de sa foi, à tour à tour incarné la résistance républicaine, protestante ou catholique. C'est bien évidemment de cette dernière qu'elle devient l'emblème dans le cadre particulier de la Contre-Réforme. Getimage

Echo de la nouvelle assurance de l'Eglise dans son combat spirituel contre les réformés, la peinture du ténébreux Caravage ouvre de nouveaux horizons. Cadrage à mi-corps, netteté optique des rendus de matières, brutalité physique du clair-obscur renforcent le caractère tragique de la scène, au service d'une puissance d'émotion peu commune. 

La violence de certaines œuvres chez Caravage renvoie l'image d'une vie et d'un chemin artistique mouvementés semés de contradictions, d'errances mais qui marqueront profondément le siècle. 

De l'art de bien ranger son grenier : un nouveau Caravage découvert à Toulouse ?

Les audaces de Caravage : scandale et refus d'un tableau.

L'oeuvre de Caravage sera présentée en salle ART'Hist, cycle Approches mardi 29 novembre 2016.


POÉSIE ET GÉOMÉTRIE AVEC MARIE

La place occupée par la Vierge-Marie dans la peinture flamande du 15e siècle confirme la prééminence absolue dont la mère du Christ jouit dans l'art religieux du Moyen-Age. Mais l'austérité qu'affichent parfois les vierges médiévales, s'efface dès le 14e siècle pour laisser place à une femme élégante et plus humaine.

Transparence du verre évoquant la virginité intacte de celle qui enfanta sans connaître l'homme Célébrée par la poésie mystique, la Vierge se prête alors volontiers au jeu des symboles dont les tableaux de Van Eyck et de Van der Weyden regorgent. Chefs-d'oeuvre de réalisme et de minutie, les peintures flamandes ne tolèrent pas le "visiteur" rapide. Alors prenez votre temps et entrez pas à pas dans cet univers où règnent parfois le luxe, souvent le calme.....plus rarement la volupté.

Détail de "L'Annonciation" par Van der Weyden - Musée du Louvre. Transparence du verre qui ne se brise pas au passage de la lumière. Symbole de Marie qui enfanta sans briser sa virginité.

 

Une oeuvre à découvrir "à la loupe" sur le site du Louvre, la Vierge du chancelier Rolin par Van EycK :Vidéo du Musée du Louvre

 

Conférence du mardi 22 novembre 2016. 


VENUS SOIT QUI MAL Y PENSE

Peaux blanches et lisses, pilosité inexistante, proportions idéales, les nudités archéologiques du Second Empire et de la IIIe république se ressemblent et s'assemblent !

En 1863, trois "Vénus" triomphent au Salon sous les pinceaux de messieurs Cabanel, Baudry et Amaury-Duval. Bien souvent, ce sujet donne à l'œuvre une caution vaguement archéologique et contribue ainsi à rendre acceptable une telle nudité.

En fait, cette Antiquité fantasmée sert de prétexte à des mises en scène parfois très lascives

Bouguereau
La naissance de Vénus - William Bouguereau - Musée d'Orsay   

Adepte d'un art à la fois sensuel et dénué d'émotion, William Bouguereau a été compromis par le développement du grand commerce d'art parisien au cours des années 1850. Le contrat exclusif offert par la maison Goupil en 1863 lui ouvre les portes des marchés anglais et américains.

Cependant cette adaptation aux goûts de la clientèle l'oblige à composer de multiples variations où dominent une sentimentalité mièvre et un érotisme chaste qui le relégueront à partir du 20e siècle dans la catégorie très critiquée des peintres pompiers.

Sujet présenté le 29 et le 30 mars 2016 en cycle Tout connaitre de Paris - Salle ART'Hist.

                        

 


C'EST MOI QUI L'AI FAIT

8 mars 1910. Et le soleil se coucha sur l'Adriatique.

Roland Dorgelès et sa troupe de joyeux drilles montmartrois décident de dénoncer la peinture moderne, ceux qui la font et ceux qui la défendent. Leur cible: la bande à Picasso à laquelle ils reprochent une conception trop abstraite de l'art de peindre. 

Boronali


Il expose donc au Salon des Indépendants une toile intitulée "Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique", peinte par un artiste italien inconnu; Boronali.

En réalité, l’auteur du tableau est « Lolo », l'âne de Frédé - patron du cabaret le Lapin Agile - à la queue duquel Dorgelès et ses amis avaient attaché un pinceau !

Une fois la supercherie révélée, constat d'huissier à l'appui, Dorgelès expliquera qu'il voulait prouver que l'oeuvre d'un âne avait tout à fait sa place parmi les tableaux exposés au salon. Après tout, on restait entre gens cultivés puisque Boronali est l'anagramme d'Aliboron, l'âne des Fables de la Fontaine. 

Ce tableau est associé à l’événement "Carambolages" Exposition du Grand Palais. Visite guidée le 24 mars 2016. 


RESEAUX ET RHIZOMES AU CENTRE POMPIDOU

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Chez Gérard Fromanger, comme avec certaines plantes, les rhizomes offrent la singularité de leurs connections aux visiteurs de l'exposition qui vient d'ouvrir au Centre Pompidou.

A un détail près; ce ne sont plus des tiges ou des racines qui fixent les berges et les dunes mais les multiples connexions colorées émanant de l'homme. Lignes de peinture qui s'écoulent, foisonnent en un faisceau rappelant les lignes du réseau métropolitain. Elles rejoignent les silhouettes des passants, figures-clés de la réflexion de Fromanger depuis plus de quatre décennies. 

Mais le rhizome est aussi philosophique car selon la définition de Gilles Deleuze "N'importe quel point d'un rhizome peut être connecté avec n'importe quel autre".

Une figuration somme toute très esthétique et très actuelle d'un monde qui se décline désormais en réseaux dits sociaux.

Exposition Gérard Fromanger - Centre Pompidou - jusqu'au 16 mai 2016.

Présentation en salle ART'Hist  les 9/10/11 mars 2016.


LE PEINTRE DES DANSEUSES

  Orsay Degas

« Il faut continuer à tout regarder (…) c’est le mouvement des choses et des gens qui distrait (…) » Lettre d’Edgar Degas - 1886    

Surnommé de son vivant le peintre des danseuses, Degas n’a jamais cessé de les étudier variant sans cesse les supports : peinture à l’huile, dessin au crayon, pastel ou sculpture.

Au repos, à l’exercice, en représentation, il les observe depuis les coulisses, assis au premier rang du public ou au cœur du foyer. Son œil critique étudie sans relâche le corps humain qu’il plie et déplie, humble marionnette réduite à une mécanique vide de sentiments.

 

 Danseuse de 14 ans - Musée d'Orsay  

« Bestiale effronterie », « fille-singe »: ce sont quelques-unes des critiques émises lors de la présentation de cette danseuse à la sixième exposition impressionniste en 1881.  Seule sculpture exposée de son vivant, elle était – avant d’être coulée en bronze – composée de cire portant un véritable tutu, une perruque et des chaussons de satin. Cette combinaison d’éléments réels du costume fut jugée trop réaliste.

 

Sujet présenté mardi 9 et mercredi 10 mars 2016, cycle Tout connaître de Paris.

 

 


SCULPTURE ROMANE, L'EXEMPLE BOURGUIGNON

Plis VézelayDynamique et diversifiée, la sculpture monumentale exprime parfaitement le sens de l'adaptation propre à l'art roman.

Soumise au cadre qui la reçoit - tympan, voussures, chapiteaux - elle transforme la figure humaine, l'animal, le monstre comme le végétal pour mieux les plier aux contraintes d'un schéma ornemental très imaginatif. 

Bien que les sources d'inspiration iconographiques soient généralement les mêmes dans l'ensemble de l'Occident roman, on observe des divergences dans le style et l’ornementation selon les lieux.

Terre de passage dans l'Antiquité, la Bourgogne reste une zone d’échanges artistiques particulièrement active au Moyen-Âge et le théâtre d’expériences multiples.

Un style original s'y développera au 12e siècle. Marqué par l'élongation des personnages, la finesse des visages et la souplesse des plis des vêtements il caractérise l'aménagement du décor sculpté de plusieurs édifices: Cluny, Vézelay, Autun...

Sujet développé mardi 8 mars 2016, en cycle Approches. 


RAFFINEMENT ET NÉVROSE A LA COUR DES VALOIS

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Longues silhouettes à têtes d'épingle, étranges attitudes contorsionnées, vues fantaisistes de ruines romaines, la peinture d'Antoine Caron traduit l’atmosphère singulière de la cour des Valois pendant les guerres de Religion. Peintre de Catherine de Médicis, ses œuvres illustrent à la fois les fêtes qui firent la célébrité de cette cour mais aussi - de manière allusive - les affrontements sanglants qui déchiraient alors le royaume.

Une peinture du Louvre, datée de 1566, Les massacres du Triumvirat, livre une vision cruelle mais élégante de ces événements tragiques. 

Oeuvre présentée lors des conférences en salle (mardi 12 - mercredi 13 janvier 2016 - Cycle Tout connaître de Paris) et au cours des visites du Louvre programmées en janvier


APPLE OF "DISCORDE" SUR LES BORDS DE LA TAMISE

Incontournable lors d'une visite au British Museum : la vaste salle consacrée aux sculptures du Parthénon, célèbre temple érigé sur la colline de l'Acropole. 

Pomme de la discorde - comme celle d'Aphrodite - entre la Grèce et la Grande-Bretagne, ce bel ensemble de sculptures qui ornait autrefois le sanctuaire grec est depuis le début du 19e siècle propriété britannique ...malgré les réclamations de Mélina Mercouri et autres ténors de notre conscience culturelle.

British

Qu'est-ce que l'Acropole? Lieu du culte d'Athéna, il se compose de plusieurs temples dont le Parthénon édifié par Phidias au Ve siècle avant J.C. qui abritait une sculpture chryséléphantine (or et ivoire) de la déesse.

Les sculptures exposées au British Museum ornaient une frise placée au sommet des murs. Elle illustre la procession des grandes Panathénées organisée tous les quatre ans au mois de juillet en l'honneur d'Athéna. A l'issue de cinq jours de fêtes, les citoyens accompagnaient le péplos destiné à la statue. Ce vêtement brodé par un groupe de jeunes filles illustrait le combat victorieux des Olympiens sur les Titans. Les magistrats,les prêtres puis les animaux destinés au sacrifice ouvrent le cortège. Viennent ensuite les vieillards avec des branches d'olivier, les jeunes filles et le péplos, les citoyens et les métèques accompagnés de cavaliers.

A défaut de vous rendre à Londres, vous pourrez admirer un petit morceau de cette frise dans les collections du Louvre. 

Ce sujet sera présenté mardi 10 novembre 2015 lors du cycle Approches.


LA PETITE MUSIQUE DE CHAGALL

Chagall vandale ?                                                                                           La polémique fit rage lorsque le ministre des Affaires culturelles Malraux demanda à l'artiste de réaliser un nouveau plafond pour l'Opéra Garnier. Il est vrai qu'en 1962, l'époque n'était pas vraiment à la cohabitation entre art contemporain et tradition. Chagall Opéra Garnier

Chagall imagine un gigantesque kaléidoscope, conçu comme une fleur à cinq pétales associant les compositeurs à une couleur. Bel hommage du peintre à sa seconde patrie où Mozart cohabite avec la Tour Eiffel, un ange jaune, des amoureux et des oiseaux de feu ... mais qualifié de "bestiaire de pain d'épices" par un journaliste conservateur. Au final, un concert discordant dont les relents les plus malsains - ceux du journal Minute - toucheront particulièrement l'artiste. 

Informations pratiques à propos de l'exposition de la Philharmonie à Paris. 

Ce sujet sera présenté en salle ART'Hist lors du cycle Actualités des expositions les 4 -5 -6 novembre 2015 .

Clic ! Ecoutez un pianiste parler du mariage entre les couleurs de Chagall et la musique.

Clac ! Ecoutez cette description du bestiaire de Chagall.


LE CHOIX DE L'ESCALIER DANS LES PALAIS ROYAUX

Si les campagnes d'Italie menées par François 1er et ses prédécesseurs conduisirent à un échec politique désastreux, elles eurent au moins le mérite d'ouvrir le royaume de France aux nouveautés de la Renaissance.

Mécène glorieux, François 1er justifia son autorité par la culture; ses châteaux, ses collections d'oeuvres d'art ou encore sa bibliothèque légitimant les prétentions de la France à dominer l'Europe. Le choix par le monarque français de ce style novateur lui permettait en outre d'instaurer un "style royal" qui, loin de copier littéralement ses modèles italiens, conserva son entière autonomie.  

L'escalier à vis à double hélice - Chambord copie Elément essentiel de l'architecture des palais royaux, l'escalier à vis adopte une ampleur nouvelle à Blois puis à Chambord . Dans ce dernier cas, il devient l'axe de référence de toutes les pièces. Certains commentateurs y virent une allusion symbolique à la conquête des 4 continents. 

Somptueux, original, très marqué idéologiquement et au final peu fonctionnel, le programme architectural de Chambord ne fera pas école.

Escalier de henri II
Ses successeurs choisiront un autre type d'aménagement, plus conforme aux nécessités des palais modernes; l'escalier à volées droites. Orné des symboles de Diane, ouvrant sur la Cour Carrée naissante, le bel ensemble aménagé sous Henri II dans l'aile construite par Pierre Lescot constitue - avec la salle des Caryatides voisine - l'un des derniers témoignages des aménagements intérieurs du Louvre de la Renaissance. 

Clic ! Une vidéo décrivant la façade de Pierre Lescot au Louvre. 

Ce sujet sera présenté lors des cours du cycle "Tout connaître de Paris - Sur les traces d'Henri IV" les 3 et 4 novembre 2015.


JEUX DE JAMBES CHEZ FRAGONARD

Fragonard.escarpolette - Copie (2)

"Je désirerois que vous peignissiez Madame sur une escarpolette qu'un évêque mettrait en branle. Vous me placerez de façon, moi, que je sois à portée de voir les jambes de cette belle enfant, et mieux même si vous voulez égayer davantage votre tableau..."

Peintre d'histoire devenu peintre des petites histoires, Fragonard sut mêler poésie et humour dans les tableaux galants qui firent sa notoriété.

Cette commande précise d'un homme de la cour - receveur des finances du clergé - a été traduite avec brio par le peintre.

Composée à la manière d'un décor de théâtre, la végétation forme un écrin qui enveloppe la jeune femme, objet du désir des deux autres personnages. Son balancement d'un homme à l'autre, jambes écartées, évoque la complicité érotique qui unit les membres du trio. Couché dans les herbes, le commanditaire de l'oeuvre semble sortir du sommeil et découvrir, charmé, l'objet de son fantasme devenu réalité.

Le peintre excellait dans le traitement de ces jeux aux détails amusants qui furent largement diffusés par la gravure, entraînant parfois quelques scandales. 

Exposition " Fragonard amoureux, galant et libertin" - Musée du Luxembourg à Paris, jusqu'au 24 janvier 2016.

Ce sujet sera développé en cycle Actualités des expositions du 14 au 16 octobre 2015.


LE VERROU DE FRAGONARD

LE VERROU
Exécuté en pendant d'une Adoration des bergers, ce célèbre tableau de Fragonard n'a pas encore livré tous ses secrets.

Que penser en effet de cette curieuse association entre un sujet religieux et...un sujet galant! Sa facture porcelainée et la poésie qui se dégage de la scène sont en rupture avec les oeuvres précédentes et contribuent à le considérer comme une nouvelle étape dans l'évolution du peintre.

 Clic ! Clic ! à propos de Fragonard:

http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/celebrations2006/fragonard.htm

Lire la notice du musée du Louvre sur ce tableau.

Cette oeuvre sera commentée lors de la visite de l'exposition du musée du Luxembourg programmée samedi 31 octobre 2015 à 11h. 

Téléchargement DETAILS PRATIQUES ET INSCRIPTION FRAGONARD


ANGÉLIQUE ANGÉLUS

Loin de toute forme d'exaltation religieuse - malgré son titre - ce célèbre tableau du musée d'Orsay exprime une vision idéalisée de la classe paysanne au milieu du 19e siècle.                                                     Honneur au dur labeur des champs, simplicité du monde paysan, caractère immuable de la terre nourricière... L'Angélus  de Jean François Millet vers 1857 - Musée d'Orsay
Une vision assez classique de ce genre d'oeuvre dans la peinture française. Mais il existe une autre interprétation, totalement revisitée une centaine d'années plus tard par 
Salvador Dali grâce à sa méthode paranoïaque-critique .                                                        

Attention ...voici l' explication surréaliste : l'Angélus de Millet est une scène à forte connotation sexuelle. La femme debout à droite s'apprête à accueillir le sexe (caché sous le chapeau) de l'homme placé face à elle. La brouette aux bras écartés et le manche de la fourche dressée constituant (toujours d'après Dali) deux expressions clairement sexuelles. Mais une image peut (encore) en cacher une autre. Car selon le maître de Cadaqués, l'attitude de soumission apparente de la paysanne, tête baissée, rappelle clairement le profil de la mante religieuse. Drôle d'insecte qui dévore son partenaire, une fois l'acte accompli. Eh, oui .....vous n'aviez pas bien regardé ....

Ce sujet sera présenté au cours du cycle Tout connaître de Paris "L'amour dans les collections du musée d'Orsay" mardi 2 et mercredi 3 février 2016 - Inscription au cycle (détails pratiques)


VILAINES BÊTES

Chapelle de Réveillon -
La campagne eurélienne abonde en petites églises bien souvent méconnues du grand public.
C'est le cas de la charmante chapelle de Réveillon, à quelques kilomètres de la Ferté-Vidame.Cette modeste construction abrite un ensemble surprenant de peintures murales probablement exécutées au 16ème siècle. Soigneusement restaurées, elles offrent un témoignage particulièrement intéressant de la peinture naïve pratiquée loin des grands centres artistiques du royaume au cours de la Renaissance.

La Passion du Christ y voisine avec des figures de saints et d'étonnantes interprétations de la figure satanique. On sait que l'image du diable est issue du type antique du satyre dont il affiche les mêmes caractéristiques: cornes, queue simiesque et pieds de bouc. Vilaine bête
Fidèle à cette interprétation, le peintre de Réveillon rappelle que cet être maléfique est inférieur à Dieu en le figurant à quatre pattes. Vilaine bête !

Visite de la chapelle vendredi 19 juin puis déjeuner chez CécileChezNousCampagneQuelques places disponibles


PICASSO, L'ARTISTE SORCIER

Le taureau de Picasso en 1943
" En un éclair, ils se sont associés dans mon esprit "
dira Picasso après avoir métamorphosé les restes d'un vélo.  

1942. Une chape de plomb s'est abattue sur l'Europe. Bravant les dangers de l'occupation,comme étranger et comme peintre dégénéré, Picasso est resté à Paris. Isolé dans son atelier de la rue des Grands Augustins, il crée cette étonnante tête de taureau.

Simplissime et géniale association qui est à la fois un clin d’œil à la liberté d'expression du Surréalisme et à la force indomptable. Le grand thème espagnol de la corrida et plus particulièrement du taureau animera l'ensemble de l'oeuvre du maître, jusqu'à sa mort. 

Cette oeuvre est visible dans les collections permanentes du musée Picasso récemment ré-ouvert.Visite commentée mardi 16 juin 2015


MISE EN SCÈNE D'UN CRIME

Paul Delaroche - Assassinat du duc de Guise
A maintes reprises, l'Histoire livre des exemples criants de subordination de l'artistique au politique. La mise en scène de l'Assassinat du Duc de Guise par Delaroche pour le compte de Ferdinand d'Orléans en offre un bon 
exemple. 

Paul Delaroche, peintre d'histoire, exécute en 1834 une scène montrant le Balafré étendu au sol les bras en croix, tel le Christ. A gauche le commanditaire de cet assassinat, le roi Henri III, pénètre prudemment dans la pièce. 

Malgré de notables efforts de reconstitution historique, l'interprétation théâtrale est clairement politisée. Elle démontre la couardise du Valois et insiste sur son excès d'absolutisme.

En passant cette commande, le prince Ferdinand - fils de Louis-Philippe et héritier de la Maison d'Orléans - souligne le parallèle entre Charles X, dernier des Bourbons et prédécesseur de son père le roi Louis-Philippe, avec Henri III, dernier des Valois, assassiné à son tour par le moine Clément.   

Sombre présage ?                                                                                 Ferdinand connaîtra une mort prématurée ...

 

Ce tableau sera commenté mercredi 10 juin 2015 en salle ART'Hist à Chartres et jeudi 11 juin 2015 lors de la visite du château. Places disponibles


VOIR LA VIE EN ROSE

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... avec un Don Quichotte aux yeux bridés. Cela se passe au Musée des Beaux-Arts de Châteaudun où sont exposées plusieurs pièces de porcelaine chinoise dont cette soucoupe datée du 18e siècle. Sa polychromie aux couleurs tendres permet de la classer dans un groupe connu sous le nom de Famille rose.

Objet d'un commerce intensif entre la Chine et l'Europe dès le IXe siècle, la porcelaine a longtemps fasciné les classes aisées européennes. Ces échanges suscitèrent un engouement pour les "chinoiseries" - papiers peints, éventails, vaisselle - illustrés de sujets vaguement orientaux mais clairement identifiables par les européens.                              Peut-être pour éviter d'y perdre son latin.

Cette oeuvre sera détaillée lors la conférence "Les couleurs dans l'art" programmée samedi 30 mai 2015 à 15h dans les locaux du Musée des Beaux-Arts de Châteaudun. Conférencière : Anne Chevée. Sans réservation. Tarif : 4 euros10. 

La conférence permettra d'évoquer la symbolique des couleurs à partir d'une sélection d’œuvres du musée: peintures françaises du 19e siècle, porcelaines chinoises, céramiques perses ...

 


GRÂCE PERVERSE

Des yeux taillés en amande, une longue chevelure blonde et une jolie gorge. Voilà bien des arguments propres à séduire les spectateurs de ce tableau de Cranach l'Ancien. D'un geste automatique, la belle taille un bâton sans un regard pour les fruits disposés sur la table ou les enfants non loin d'elle. Aussi passive que le chien couché à ses pieds, elle semble imperméable aux sentiments tout en dardant son regard sur le spectateur. Pourtant les allusions à la noirceur qui se cache derrière ces beaux yeux sont évidentes; le pied gauche dévié, la couronne d'épines posée de manière sacrilège comme un ornement capillaire ...

Mélancholie Cranach
Inspirée d'une célèbre gravure de Dürer, ce tableau de la Mélancolie offre la vision d'un monde dénoncé par Luther.

Loin d'offrir la promesse intellectuelle de l'humanisme de la Renaissance, la vision de Cranach met en garde contre l'avidité de la connaissance qui peut conduire les hommes vers Satan. Et le guide de cette connaissance perverse est...une femme. 

La Mélancolie - 1532 - Lucas Cranach l'Ancien - Musée Unterlinden - Colmar.

Ce tableau sera commenté en détail mardi 2 juin en salle ART'Hist lors de la conférence "Regards sur l'Alsace" - 9h30 à 11h30 - Tarif: 15 euros. Il sera présenté lors de la visite de Colmar samedi 6 juin 2015. Détails du week-end en Alsace


L'ECHO DU GRECO

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Les images figurant saint Martin sont particulièrement nombreuses dans la cathédrale de Tours.

Si le christianisme s'implante dans le Val de Loire avec saint Gatien vers 250 ; c'est avec saint Martin qu'il triomphe au siècle suivant.

Cathédrale St-Gatien - Tours

Celui qui deviendra le plus grand évêque des Gaules a d'abord parcouru l’Europe comme légionnaire dans l'armée romaine. Mais c'est aux portes d'Amiens, après avoir coupé son manteau pour en donner la moitié à un mendiant, que débute la légende de Martin. A travers les siècles, d'un bout à l'autre de l’Europe chrétienne, cette scène s'est imposée comme le symbole même de la charité. Lors de la création des dernières verrières de la cathédrale, ce sont ces valeurs d'échange et de dialogue qui ont permis d'imaginer une nouvelle figuration martinienne. Le tableau du Gréco - peintre d'origine crétoise installé à Tolède au 16e siècle - voisine avec les tentes rouges des sans-abris installés sur les bords du canal saint Martin à Paris en 2006. 

Découverte de ces verrières lors de la journée tourangelle programmée lundi 11 mai 2015. Quelques places disponibles. 


EFFEUILLAGE DE L'ARTICHAUT

Peinture d'après Abraham Bosse Le goût
Qui se souvient aujourd'hui que ce curieux légume bénéficiait autrefois d'une sulfureuse réputation ?
Seule l'expression familière un cœur d'artichaut l'évoque encore ..avec modération. Elle définit une personne inconstante, qui se donne à l'un puis à l'autre comme la succession des feuilles que l'on arrache au-dit légume. Rien de bien coquin !

A contrario de Coluche qui le présentait comme un vrai plat de pauvres - quand on a fini de le manger, il y en a plus dans l'assiette que quand on a commencé - l'artichaut fut longtemps classé dans la famille des mets les plus délicats et les plus recherchés. Catherine de Médicis ne l'a peut être pas importé en France comme on l'a prétendu, mais elle a contribué à le faire connaître car elle en raffolait. Au 17e siècle, le graveur Abraham Bosse le choisit pour illustrer son sujet sur Le Goût.

Recommandé pour ses vertus dépuratives et diurétiques, on lui attribue alors aussi des propriétés aphrodisiaques qui ont grandement contribué à son succès. Car - selon Evelyne Bloch-Dano - ce lent effeuillage, ces feuilles mangées avec les doigts que l'on suce après les avoir trempées dans la sauce laissent peut-être présager d'autres plaisirs ... 

Ce tableau - inspiré de la gravure d'Abraham Bosse - sera commenté lors de la visite du musée des Beaux-Arts de Tours, lundi 11 mai 2015. Quelques places disponibles pour cette journée tourangelle. Détails pratiques


UNE EVALUATION A VUE D’ŒIL

Lancret - Les lunettes - Musée des Beaux-Arts de Tours
Humour et grivoiserie vont parfois de pair dans la peinture du XVIIIe siècle. En témoigne cet amusant tableau peint par Nicolas Lancret et inspiré par un conte grivois de Jean de la Fontaine Les Lunettes. Un jeune meunier qui s'était introduit dans un couvent de religieuses a été pris sur le fait. Déshabillé, on le condamne à être fouetté sous 
l’œil très attentif des sœurs. L'une d'elles ajuste sa paire de lunettes afin d'apprécier l’application de la peine ou ... l'anatomie du jeune homme.

Dans le cadre de l'exposition Expérience n°8: Entretemps présentée dans les collections permanentes du musée, ce tableau est confronté aux photographies de l'artiste contemporain Eric Poitevin. En savoir plus

Ce tableau sera commenté lors de conférence en salle ART'Hist à Chartres, vendredi 24 avril et lors de la visite du musée des Beaux-Arts de Tours, lundi 11 maiPlaces disponibles pour la conférence en salle et la sortie tourangelle.


UNE LIVRAISON DÉCEVANTE


Pauvre Anne de Clèves !

64 Anne-de-Clèves

Choisie sur médaillon par le roi d'Angleterre Henry VIII pour devenir sa quatrième femme, livrée et ....renvoyée peu après.

Cause ? Objet non conforme à l'image. Trop maigre, trop moche. Élégamment surnommée "la cavale des Flandres".  Et oui, il y a toujours un risque à faire ses emplettes à distance mais commander une épouse relève de l'inconscience. Oh shocking ...

   ** La vidéo D'Art d'Art ! : le portrait d'Anne de Clèves par Holbein

  ** A propos du portrait de la princesse par Holbein, au Louvre

Où voir le portrait d'Anne de Clèves ? A Paris, au musée du Luxembourg : exposition Les Tudors

Visite commentée mardi 21 avril 2015 à 11h15. Il reste quelques places. Tarif de la visite : 11 euros + 12 euros (billet). Contact: 06 60 67 53 66  ou [email protected]

 


JE T'AIME, MOI NON PLUS*

Le Baiser  Brancusi
A l'écart des chemins qui sillonnent le cimetière Montparnasse deux profils de pierre s'enlacent étroitement. Le Baiser est l'oeuvre de Constantin Brancusi, sculpteur roumain installé à Paris au début du XXe siècle. La puissance émanant de ces deux corps
étroitement enlacés qui ne forment plus qu'un seul être, a nourri pendant près de quarante ans l'imagination de l'artiste. Brancusi sculpta sept fois Le Baiser et reprit le thème en architecture. 

En observant l'oeuvre, on pense aussi au célèbre groupe du même nom conçu par celui qui fut - très peu de temps - le maître du sculpteur roumain; Auguste Rodin. Quelques semaines passées dans l'atelier de Rodin suffirent à Brancusi Le Baiser - Rodin
pour décider de s'en éloigner car - dira-t'il : "rien ne pousse à l'ombre des 
grands arbres". 

"Je t'aime, moi non plus", chanson culte de Serge Gainsbourg dont la tombe se trouve au cimetière Montparnasse. 

 

Quand voir le Baiser de Brancusi (et la tombe de l'homme à la tête de chou) ? ¨Promenade commentée jeudi 23 avril 2015 de 13h30 à 15h30 "Montparnasse et la bohème". Clic ! : Détails et inscription.


LES MÉMOIRES D'UNE TABATIÈRE

Richesse et profusion caractérisent les tabatières fabriquées à Paris au XVIIIe siècle. Cadeaux diplomatiques, objets d'usage courant, version féminine ou masculine, ces petites boîtes délicatement ornées témoignent à la fois de la diversification des objets du quotidien et du besoin de paraître propres à cette époque. Cette mode de la tabatière, née en France, s'est diffusée dans toute l'Europe et a favorisé l'inventivité des artisans. 

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Acquise par le Louvre en 1999, cette tabatière ovale se 
distingue par une monture à cage qui permet d'intégrer des portraits ou des paysages en miniature ou des reproductions de tableaux célèbres. Les dix miniatures figurées sur cet exemplaire sont consacrées au château de la Ferté-Vidame en Eure-et-Loir. 

Résidence du duc de Saint-Simon, célèbre mémorialiste de la cour, la propriété fut vendue en 1764 à Jean-Joseph de Laborde, riche fermier général. Les vues peintes à la gouache (vers 1760-1770) montrent l'état du domaine des Saint-Simon avant la vente. Il est possible que la commande de cette tabatière émane de la comtesse de Valentinois, petite-fille du duc, qui souhaitait ainsi garder un témoignage de la propriété familiale. 

Où voir cette tabatière ? Au Musée du Louvre, département des objets d'art du 18e siècle. Elle sera commentée lors des visites guidées du 2 avril 2015. 

Quand visiter le domaine ? Samedi 13 juin 2015 ou vendredi 19 juin 2015, journée à la Ferté-Vidame (peintures murales de la chapelle de Réveillon, repas dans une brocante et promenade commentée à la Ferté-Vidame)