Total contrôle

228085478_3648040058629912_6822658472098226829_n
De passage à Lyon, rencontre avec cette jeune femme qui, dès le début du 19ème siècle, maîtrisait déjà les codes de la communication visuelle.
 
Juliette Récamier (1777-1849), muse et aussi mécène, fût l'une des personnalités les plus représentées de son époque. Devenue une parisienne accomplie, la belle lyonnaise contrôla attentivement son image publique, veillant à la diffusion des répliques et moulages de son célèbre portrait sculpté par Chinard.
 
L'œuvre révèle cependant la dualité du personnage : se couvrant d’un côté et baissant les yeux telle une Vénus pudique, elle offre de l’autre sa poitrine au regard. Quand séduction rime avec manipulation ...
 
Buste de Juliette Récamier par Joseph Chinard -1805-1806 - MBA de Lyon

Un pic auréolé

MET M lever soleil cervin Albert Bierstadt
Fils d'immigrants allemands, Albert Bierstadt n'avait que deux ans lors de son arrivée sur le territoire américain. Peintre autodidacte, il décida en 1853 de retourner en Europe pour se former à la Kunstakademie de Düsseldorf.
 
Au cours de l'été 1856, à l'occasion d'un séjour en Suisse en compagnie d'autres artistes américains, il multiplia les croquis et composa plusieurs grandes toiles lors de son retour dans le Massachusetts.
Dans cette vue spectaculaire du Cervin, la poussée verticale du pic majestueux auréolé de nuages est renforcée grâce au motif des pins imposants disposés à gauche de la composition. 
 
De retour en Amérique, Bierstadt participa à l'expédition menée par le colonel Frederick W. Lander pour ouvrir une nouvelle voie ferrée vers l'océan Pacifique. Cette épopée donna naissance à de nouvelles peintures des montagnes Rocheuses qui lui apportèrent la renommée.
Sa formation européenne et son expérience dans la peinture du paysage alpin montagneux ont influencé sa perception des Rocheuses alors surnommées les «Alpes américaines».
Lever de soleil sur le Cervin - après 1875 - Albert Bierstadt - Metropolitan Museum of Art, NY
 
 

Une balade en peinture

Au bord de la mer 1883 Renir Met museum
A partir de 1879, Renoir séjourne à plusieurs reprises au château de Wargemont près de Dieppe. Il y est accueilli par Paul Berard, riche client devenu son ami, qui préférait la vie de bohême à la compagnie des gens de son milieu. C'est là qu'il exécute un certain nombre d'études de la côte et de la campagne environnante. 

Généralement plus attaché à la figure humaine qu'au paysage, le peintre ne s'intéresse pas précisément à la topographie. En revanche, il se montre intransigeant sur un point : la peinture doit lui apporter du plaisir et procurer de la joie à ceux qui la regardent.  "Moi, j'aime les tableaux qui me donnent envie de me balader dedans [...]"

Au bord de la mer 1883 Renir Met museum - Copie

Renoir a probablement composé cette œuvre en atelier à l'aide des études de paysages faites préalablement.
La pose de la jeune femme installée dans un fauteuil révèle l'influence du voyage qu'il fit en Italie en 1881-1882 et où l'artiste admira particulièrement la « grandeur et la simplicité » des portraits de la Renaissance.
 
Scène de plage - 1883 - A. Renoir - Metropolitan Museum of Art, NY

Sous les pavés, la lagune

200917997_3529376120496307_4022662027049021318_n
Au 18e siècle la Sérénissime est immortalisée par la veduta, cet art du paysage qui s'épanouit à Venise pour répondre à la demande d'une clientèle étrangère. De dimensions parfois assez modestes, ces "cartes postales" peintes, peu chères à l'achat étaient destinées à satisfaire un public avide de tourisme culturel, principalement de jeunes lords anglais dans les premiers temps.

Parmi ces vues iconiques, la place Saint-Marc fut le sujet le plus demandé par ces collectionneurs. Grâce aux multiples vues réalisées on suit pas à pas les transformations de son pavement qui aboutirent à la mise en place d'un décor à carrés géométriques blancs, encore visible in situ. 

Antonio Bellotto (d'après) - La place Saint-Marc (détail) - Musée des Beaux-Arts de Chartres


Nager en eaux troubles

Image_meunier_theophile_le_pont-neuf_et_la_pointe_de_lile_de_la_cite._p1404_343560 - Copie
"Libertinage, scandale, spectacle indécent et contraire aux bonnes mœurs...." Ces mots extraits d'une ordonnance de police du 14 août 1777 témoignent des embarras causés par les baigneurs parisiens à la fin de l'Ancien Régime.

Prendre un bain dans la Seine était alors l'une des seules façons de se laver et les jeunes gens affectionnaient particulièrement ces baignades sauvages, moments de plaisir et de liberté. Un choix contraire aux règles de la morale - plusieurs d'entre eux se baignent nus - et peu recommandé pour des raisons sanitaires car c'est aussi dans les eaux du fleuve que sont rejetés les déchets des teinturiers, des tripiers, des égouts et de l'Hôtel-Dieu. 

Baignade près du Pont-Neuf vers 1860 - Théophile Meunier - Musée Carnavalet. Dès le 18è siècle, des bateaux de bains sont aménagés sur le fleuve. Implantés sous la statue d'Henri IV, les bains Vigier accueillent ceux qui peuvent s'offrir le luxe d'un bain chaud, en toute intimité : «C'est là que le paisible bourgeois s'enfonce douillettement dans les profondeurs de sa baignoire... il a su s'entourer de toutes les sensualités qui lui sont chères: sa montre, son thermomètre, le mouchoir, la tabatière, les bésicles bien affermies sur le nez et, sous ses yeux, son livre bien aimé, voilà ses délices. Il fait et refait son bain, le gradue avec art...» (Briffot, Paris dans l'eau, 1844).

Du pont de l'Alma à l'île St-Louis, parcourez les quais de Seine et découvrez leur histoire avec le livret-promenade Les rives de la Seine 

Si vous souhaitez participer à la promenade du mardi 15 juin 2021 c'est ici


Faire chou blanc

IMG_20210527_172540

On connaît la phrase célèbre attribuée à Henri IV au matin du 14 mars 1590 : " Ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez au chemin de la victoire et de l'honneur !" Le blanc, couleur royale, est alors considéré comme une marque de commandement.

Entre 1789 et 1792, le blanc va devenir la couleur de la Contre-Révolution, opposée au drapeau tricolore symbole de la souveraineté populaire. Ce drapeau blanc fait son retour en France en 1815 avec la restauration de la dynastie des Bourbons à la chute de l'Empire.

Pourtant, bien que reconnaissant la légitimité de Louis XVIII, de nombreux Français souhaitaient le maintien du drapeau tricolore, à côté du drapeau blanc. En 1873, l'intransigeant comte de Chambord, petit-fils de Charles X, fit échouer une tentative de restauration de la monarchie en refusant d'accepter le drapeau bleu-blanc-rouge. La République fut confirmée et le prétendant légitimiste au trône de France demeura en exil. 

Siège d'une ville (Rouen ?) par Henri IV - Gilles van Coninxloo (1544-1606) - Musée des Beaux-Arts - Chartres . Œuvre présentée lors de la visite-flash du samedi 12 juin 2021 : "Aux armes, etc...." . Informations et inscription 


Se faire un nom

Image_hugo_victor_thenardier_103_565485 - Copie

Ecrivain et homme politique, Victor Hugo sait jouer avec les mots tout en observant la société qui est la sienne.

Dans l’hémicycle de la Chambre, il siège non loin du baron Thénard, lequel lui inspirera le nom « Thénardier », patronyme d'une famille « misérable » que Victor Hugo met en scène dans son roman Les Misérables. Un nom devenu adjectif et une gloire posthume dont se serait probablement bien passé le dit-baron mort avant la parution du roman.

Les raisons de cette animosité ? Chimiste, inventeur de l'eau oxygénée, Thénard a contribué au mieux-être de l'humanité mais il est en désaccord avec Hugo sur le nombre d'heures de travail des enfants. Hugo souhaite le réduire. Thénard s'y oppose. Hugo se vengera …avec sa plume. 

Thénardier dessiné par Victor Hugo - Entre 1861 et 1862 - Maison Victor Hugo, Hauteville House

Les lieux de l'action politique menée par Victor Hugo sont évoqués lors du circuit des Promenades parisiennes. Pour préparer votre promenade le livret est en vente ici


Les jardins de l'enfance

EVA GONZALÈS nga w
Victor Hugo a une affection particulière pour le jardin du Luxembourg qu’il connait bien puisqu’il résida à plusieurs reprises dans les quartiers environnants. L’écriture des Misérables met en scène plusieurs espaces verdoyants préservés des turbulences du monde. Ces lieux enchanteurs font écho au paradis de son enfance, les Feuillantines.

Très fréquentées par les familles, les allées du Luxembourg apparaissent fréquemment dans les peintures relatant la vie des petits parisiens au 19e siècle. Éva Gonzales - Nourrice et enfant - 1876/1877 - National Gallery, Washington  Fille d’un romancier populaire et d’une musicienne, Éva Gonzalès (1849-1883) grandit à Paris. Elle montre très tôt son attrait pour la peinture et met en scène des sujets presque exclusivement féminins et modernes, évoquant la vie quotidienne des femmes de la bourgeoisie de son époque. Ses jeux de lumière et la liberté de touche qu'elle adopte, la rapproche des Impressionnistes. Malgré ces similitudes, elle refusera d’exposer avec eux, préférant le Salon Parisien qui lui permettait de rendre plus officielle son activité de peintre.  

Le jardin du Luxembourg, étape du circuit des Promenades parisiennes. En vente ici


Entrer ou ...sortir du Panthéon

Image_sinibaldi_paul_les_funerailles_de_victor_hugo_31_mai_et_1er_juin_1885_756_560168
Construit pour être une église au 18e siècle, la Révolution débaptise l'édifice une première fois.
Redevenu église au retour des Bourbons, la IIIe République confirmera son rôle de cimetière des grands hommes en accueillant Victor Hugo le 1er juin 1885.

Sous la Révolution, en partie grâce à son immense crypte, l’église est transformée en une nécropole dédiée aux grandes figures de la nation.

En 1791, c’est Mirabeau qui sera le premier à entrer et… à sortir du Panthéon trois ans plus tard. Élu député du Tiers État en 1789, très apprécié des Français, Mirabeau reste cependant partisan d’une monarchie à l’anglaise. Il n’hésite pas à conseiller en secret Louis XVI qui le rémunère grassement. Un double jeu éventé après sa panthéonisation avec la découverte de la correspondance de Louis XVI dans une armoire de fer.

A l’annonce de la mort de Victor Hugo le 22 mai 1885, la classe politique souhaitera rendre un hommage particulier à celui qui avait combattu pour la défense de toutes les libertés et qui incarnait les valeurs républicaines. Le 26 mai 1885, un décret lui accorde donc
des obsèques nationales. Suite à cette décision, le monument qui avait été réaffecté à l’Eglise est définitivement transformé en Panthéon républicain.

Les funérailles de Victor Hugo, 31 mai et 1er juin 1885 - Paul Sinibaldi - 1885 - Maison de Victor Hugo - Hauteville House

Le Panthéon, une étape du circuit des Promenades parisiennes. En vente ici

 


Juliette, recluse par amour

5noel_alphonse_leon_melle_juliette_513_1521661 - Copie (2) - Copie

Orpheline de père et de mère à un an, Juliette Drouet - née Julienne Gauvain à Fougères en 1806 - fut confiée par un oncle à un couvent parisien proche du Panthéon, où des parentes à lui étaient religieuses. Peu encline à embrasser une vie monastique, elle obtiendra le droit de quitter les murs de cette institution en 1821 à l'âge de quinze ans.

Désormais libre, sa beauté lui ouvrira d'autres portes ... avant qu'elle ne choisisse elle-même de les refermer, en toute conscience, afin de se consacrer à Victor Hugo.

Maîtresse du poète pendant un demi-siècle, Juliette Drouet vécut dans une réclusion presque totale, soumise à son amant.

Mademoiselle Juliette - En 1832 - Alphonse Léon Noel - Dessinateur-lithographe - Kaeppelin et Cie , Imprimeur-lithographe - Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey

Le circuit du dernier livret des Promenades parisiennes passe à proximité du couvent où la jeune fille était pensionnaire, non loin du jardin des Feuillantines, cadre de l'enfance de Victor Hugo. 

 

 

 


Premier mai, l'âme en fleur

Détail
" Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses.

Je ne suis pas en train de parler d’autres choses ;
Premier mai ! l’amour gai, triste, brûlant, jaloux,
Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups ;
L’arbre où j’ai, l’autre automne, écrit une devise,
La redit pour son compte, et croit qu’il l’improvise ;
Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur,
Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en cœur ;
L’atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine
Des déclarations qu’au Printemps fait la plaine,
Et que l’herbe amoureuse adresse au ciel charmant.[...] "

Victor Hugo Les Contemplations (II), 1856   -  Ambrosius Bosschaert - Bouquet de fleurs - 1621 - National Gallery of Art, Washington

Lorsque Victor Hugo l'exilé publie ce poème en 1856, le 1er mai n'est pas encore associé à la fête du travail. C'est aux Etats-Unis - en 1886 - que cette journée particulière puise ses origines lors une grève généralisée de salariés américains. 


Le printemps de l'Amour

Sping time PA Cot Metropolitan museum NYCC’est dans l’ancien couvent des Feuillantines où Sophie Hugo s’est installée avec ses fils que Victor rencontre la petite Adèle. Née le 28 septembre 1803, elle connut donc celui qui allait devenir son mari en 1809. Âgé de sept ans, Victor Hugo partage avec Adèle et son frère les bonheurs simples du jardin : il la promène dans une vieille brouette, joue avec elle à la balançoire.

Des années plus tard, ce qui n'était qu'une amitié enfantine se transformera en amour. Victor et Adèle s'écrivent alors de nombreuses lettres mais un incident fâcheux va interrompre ces échanges secrets.

Quelques lettres échappées du corsage d’Adèle tombent devant sa mère. Les parents Foucher, stupéfaits par cette découverte, en font part à la mère de Victor qui, très irritée, répondra qu’un fils de général ne peut épouser la fille d’un simple chef de bureau. Cette réponse blessante fâchera les deux familles amies.

Pierre-Auguste Cot - Printemps - 1876 - Metropolitan Museum of Art, NYC, US. Exposé au Salon de 1873, ce tableau fut le plus grand succès du peintre académique Pierre Auguste Cot. Très admirée, l'œuvre fit l'objet de nombreuses copies sur des supports variés ; gravures, éventails, porcelaines et tapisseries.        La rue des Feuillantines constitue l'une des étapes du livret-promenade "Paris. Sous l'œil et la plume de Victor Hugo". Il est possible d'acheter et de recevoir ce livret par voie postale en cliquant ici


La fleur et le papillon

Image_redon_odilon_papillons_et_fleur_ppd1225_588978

Le jardin des Feuillantines, c’est une « grande allée verte » où Victor Hugo se revoit « jouant, courant, criant avec ses frères » et dont il se souvient, plus tard, comme de la « verte allée aux boutons d’or ».

Peints par Odilon Redon, voici quatre papillons se dirigeant vers une fleur, peut-être ce bouton d'or synonyme d'enfance lumineuse pour Hugo. Les aquarelles de papillons, caractéristiques des dernières années de Redon, sont empreintes d'une joie et d'une lumière matérialisées par une faune et une flore irréelles. Fleurs et papillons - Odilon Redon - Entre 1910 et 1914. Musée du Petit-Palais, Paris

Fleur et papillon se rejoignent dans ce poème d'Hugo mis en musique par Gabriel Fauré en 1861 alors que le poète est en exil :

La pauvre fleur disait au papillon céleste :
- Ne fuis pas !
Vois comme nos destins sont différents. Je reste,
Tu t'en vas !

Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes
Et loin d'eux,
Et nous nous ressemblons, et l'on dit que nous sommes
Fleurs tous deux !

Mais, hélas ! l'air t'emporte et la terre m'enchaîne.
Sort cruel !
Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine
Dans le ciel !

Mais non, tu vas trop loin ! - Parmi des fleurs sans nombre
Vous fuyez,
Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre
A mes pieds.

Tu fuis, puis tu reviens ; puis tu t'en vas encore
Luire ailleurs.
Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore
Toute en pleurs !

Oh ! pour que notre amour coule des jours fidèles,
Ô mon roi,
Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes
Comme à toi !

La rue des Feuillantines constitue l'une des étapes du livret-promenade "Paris. Sous l'oeil et la plume de Victor Hugo". Il est possible d'acheter et de recevoir ce livret par voie postale en cliquant ici 


Fleurs fragiles

Image_courbet_gustave_portrait_de_zelie_courbet_ppp735_581336Victor Hugo comparait les liserons du jardin de son enfance aux lianes d'une jungle paradisiaque. Particulièrement fragiles, les corolles du liseron nées au matin, flétrissent le soir venu et répandent alors un délicat parfum d’amande amère.

Le peintre Gustave Courbet fait de cette plante aux longues tiges un accessoire lié à son intimité familiale. Tressée en couronne, elle orne la tête de Zélie, sœur cadette de l'artiste. D'une santé fragile, celle qu'il surnommait affectueusement "l'âme de notre maison" mourut prématurément en 1875.

Dix ans plus tôt, les mots du romancier Champfleury faisaient écho aux portraits peints par Courbet lorsqu'il décrivait Zélie, déjà languissante, comme "une fleur que le jardinier a oublié d'arroser".

Gustave Courbet - Portrait de Zélie Courbet - vers 1842 - Musée du Petit Palais, Paris


Au jardin du soleil levant

Image_laly_charles_les_rayons_et_les_ombres_xix_ce_qui_se_passait_aux_feuillantines_vers_1813_ainsi_je_gra_1507630 - Copie

Cadre du bonheur de ses tendres années, le jardin des Feuillantines appartient à la mémoire affective de Victor Hugo. Au fil des poèmes, ses strophes lumineuses content l'enchantement vécu dans une profusion de fleurs et de rêves au cœur d'un grand jardin sauvage semé de liserons.  « Je demandais un jour à Victor Hugo, dit Alphonse Karr, quelle était l’odeur qu’il préférait entre toutes. C’est, me dit-il, celle qu’exhale, de ses fleurs roses et blanches, le petit liseron des champs, au pied des haies. » Son goût pour cette plante charmante mais envahissante réapparait dans Les Travailleurs de la mer comme la fleur préférée de l'héroïne. 

Une phrase d'Adèle Foucher, qui fut, enfant, la compagne de jeux du poète avant de devenir son épouse, résume l'importance des souvenirs attachés à ce lieu : " Mon mari parlant des Feuillantines dit : "C'est le soleil levant de ma vie [...] un monde de souvenirs pour moi."

Charles Laly - Les rayons et les ombres - Ce qui se passait aux Feuillantines - vers 1813 - Paris Musées Collections

La rue des Feuillantines est l'une des premières étapes du livret "Paris. Sous l'œil et la plume de Victor Hugo"


Quel pied !

Image_boucher_francois_etude_de_pied_d.4353_368075 - Copie

Objet d'un fantasme qui s'inscrit à travers les siècles - de la Chine impériale aux boudoirs parisiens du règne de Louis XV - la représentation du pied amplifie la charge érotique des peintures de nus féminins au 18e siècle.

Ce beau pastel en témoigne.

On y reconnait le pied droit de l'une des Odalisques de François Boucher peintes vers 1751 pour un fervent admirateur, probable adepte de la podophilie, forme de fétichisme qui connaît alors un certain succès comme en témoigne Rétif de la Bretonne.

Dans l'un de ses textes, l'écrivain considérait le pied parfait doté d'un grand pouvoir : capable par sa seul contemplation de faire du moindre poète un Voltaire; du prosateur un Rousseau, du peintre un Boucher ....

François Boucher - Etude de pied - Entre 1746 et 1756 - Musée Carnavalet, Paris    L'œuvre est à découvrir dans l'exposition "L'Empire des sens, de Boucher à Greuze" au musée Cognacq-Jay dès sa réouverture.


Le premier jardin

John_Singer_Sargent _American_(active_London _Florence _and_Paris)_-_In_the_Luxembourg_Gardens_-_Google_Art_Project

Victor Hugo a une affection particulière pour les jardins. Tout d'abord, celui des Feuillantines, niché au pied du dôme du Val-de-Grâce, qui restera dans sa mémoire celui du doux temps de l'enfance et de l'innocence.

« Le jardin était grand, profond, mystérieux, fermé par de hauts murs aux regards curieux, semé de fleurs s’ouvrant ainsi que des paupières et d’insectes vermeils qui couraient sur les pierres ; plein de bourdonnements et de confuses voix ; au milieu, presque un champ ; dans le fond, presque un bois. » Ce qui se passait aux Feuillantines vers 1813. Les rayons et les ombres, XIX.

Plus tard, l’écriture des Misérables mettra en scène plusieurs jardins préservés des turbulences du monde. C’est dans les allées du Luxembourg que Victor Hugo situe la rencontre entre trois personnages vedettes de son roman ; Jean Valjean, Cosette et Marius. Retraites secrètes ou lieux de rencontre, ces lieux enchanteurs font tous écho au jardin de son enfance. 

Dans le jardin du Luxembourg - 1879 - John Singer Sargent - Philadelphia Museum of Art, US


Artistes voyageurs

1 open access The_Lake_of_Zug_MET_DP821057
Au 19e siècle de nombreux artistes, peintres ou écrivains, empruntent la route des Alpes en quête d’inspiration. Ces artistes-voyageurs cherchent alors le plus souvent à rendre sensibles la majesté de la montagne et les sentiments variés qu’elle suscite.

De chacune de ses escapades Victor Hugo rapporte dessins, peintures et notes. Observateur pertinent, tour à tour amusant, grave ou futile, Hugo apporte sa pierre au genre littéraire du récit de voyage. En 1839, il décrit Zug et son petit lac "qui est un des plus beaux de la Suisse".

Dans les années 1840, Turner - "magicien qui commande aux esprits de la Terre, de l’Air, du Feu et de l’Eau" - exécute une aquarelle lumineuse du site de Zug d’après des croquis esquissés au cours d’un long séjour dans les Alpes suisses. L'expérience acquise lors de ses voyages accentuera durablement le traitement déjà intense de la lumière et de la couleur pratiqué par ce maître du paysage.

Témoins privilégiés de l'ouverture des Alpes aux premiers touristes, Hugo et Turner ont alimenté les deux grands courants esthétiques du pittoresque et du sublime qui animent l'art romantique. 

Le lac de Zug - Joseph Mallord William Turner,1775–1851 -  Metropolitan Museum of Art, NY, US


Mise en lumière

S Gaudin 2 St G St Protais
 
Parfois négligées, les églises offrent pourtant aux touristes en mal de visites une bonne raison de découvrir un riche patrimoine qui ne se limite pas à l'art ancien. 
C'est le cas de l'église Saint-Gervais-Saint-Protais cachée derrière l'Hôtel de ville de Paris. Bien que violemment touchée par un obus pendant la guerre 14-18, cet édifice a non seulement conservé une partie de ses vitraux du XVIe siècle mais s'enorgueillit aussi d'un ensemble de verrières modernes qui constitue la plus grande surface de vitraux contemporains dans une église parisienne.
 
Lignes fluides, flammes colorées soulignées de grisaille s'accordent avec l'esprit du gothique tardif qui caractérise la nef.
C'est aussi l'un des derniers chantiers exécutés par Sylvie Gaudin, disparue en 1994 et avec laquelle s'est éteinte une lignée de maîtres-verriers.
 
Vitrail de la Crucifixion par Sylvie Gaudin «Tout est accompli» - Seconde moitié du XXe siècle - Chapelle Le Tellier, baie 10.
Cette église figure sur le tracé du circuit "Paris. Sous l'œil et la plume de Victor Hugo". 8e livret des Promenades parisiennes à paraître (printemps 2021). 

Une tête en or

Carmen_gaudin_ 1885 NGA W oa huile sur bois
Toulouse-Lautrec aimait les femmes. Carmen Gaudin le passionna.


Croisée dans la rue, cette ouvrière à la chevelure rousse devient l'un de ses modèles favoris et lui inspire une quinzaine de toiles et dessins. Au printemps 1884, il écrit à sa mère "Je peins une femme qui a la tête en or absolument".
Naturelle, souvent grave, Lautrec cherche à la représenter dans des postures sans artifice.

Après tout - lui que la Nature a si mal doté le sait bien - les apparences peuvent être trompeuses. Carmen dont il disait avant de bien la connaître "ce qu'elle a l'air carne !" et qu'il imaginait en garce redoutable, se révèlera d'une grande douceur. Et Lautrec sera bien surpris quand il apprendra que son amant la battait comme plâtre.

La modernité de Toulouse-Lautrec s’est exprimée par cette sensibilité à l’humain. Grand peintre de femmes, il ne pouvait que les aimer pour si bien les représenter.

Carmen Gaudin - 1885 - NGA, Washington, US


Lautrec amoureux

Met Mus of art OA

« Lautrec s’est épris de beaucoup de ses modèles. Pour ne pas dire qu’il ne les prenait que parmi les femmes dont il s’était épris. » Thadée Natanson  

Cette phrase de l’un des proches du peintre Toulouse-Lautrec révèle le lien qui unissait l’artiste aux femmes, sujet majeur qui rythme chaque étape de sa carrière.

Simples ouvrières, vedettes de la scène parisienne, ombres des maisons closes, amies ou amantes, son approche des sujets féminins  est à la fois intense et fascinante.

La modernité de Toulouse-Lautrec s’est exprimée par cette sensibilité à l’humain que traduit une ligne audacieuse. Grand peintre de femmes, il ne pouvait que les aimer pour si bien les représenter.

Lithographie "Divan japonais" - 1893 - Metropolitan Museum of Art, NY


Amour rossé

Amour châtié B Mandredi AI Chicago
L'amour est aveugle et imprudent, il nous lie ou nous entrave provoquant des sentiments parfois extrêmes. Cupidon l'apprend à ses dépens, rossé par Mars, dieu de la Guerre, échaudé par les ennuis que provoquent sa liaison avec l'épouse de Vulcain.

La mise en scène triviale est directement influencée par l’art de Caravage. Comme ce dernier, le peintre Bartolomeo Manfredi (1582-1622) se livre à une observation minutieuse du réel qui renvoie les dieux à de simples mortels. Mais au-delà d'une simple représentation de troubles domestiques, la scène symbolise également l'éternel conflit entre l'amour et la guerre.

L'Amour châtié - 1613 - Bartolomeo Manfredi - Art Institute of Chicago


Soleils de la Chandeleur

Arthur Dove

Sensible aux énergies dégagées par cet astre, le peintre américain Arthur Dove (1880-1946) simplifie son sujet en quête d'une force spirituelle qui le mène parfois aux frontières de l'abstraction.

En ce 2 février, fête chrétienne célébrant la Présentation de Jésus au Temple, fête des chandelles et de la lumière, le disque solaire entame une longue ascension dans le ciel de notre hémisphère nord.

Jour de gourmandise aussi, car les crêpes sont de retour, souvenir des galettes que confectionnait la Rome antique pour fêter la croissance des jours lors des Lupercales.

Alors, armés de pinceaux ou d'une poêle, faisons virevolter nos soleils gourmands et odorants.
Joyeuse Chandeleur à tous !

Soleil sur le lac, 1938, MFA Boston


Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage

Monet AIChicago 1890 91 meules neige effets soleil
Cette citation de l'écrivain Nicolas Boileau extraite de L’Art poétique, un poème paru en 1674, garde toute son actualité, près de trois siècles et demi plus tard.
Monet fit de même, en multipliant ses études sur les meules de foin, traquant à des moments divers de la journée une vérité visuelle fugitive : « Je pioche beaucoup, je m'entête... "
En ce début d'année, comme le peintre de Giverny et en suivant les conseils de Boileau, je nous souhaite persévérance et satisfaction malgré les difficultés.
Meule de foin, effet de neige, soleil - vers 1890-1891 - Claude Monet - Art Institute Chicago

Saint Nicolas, Neptune et le père Noël...

Main-image (3) - Copie

Un saint évêque, le dieu des mers et un porteur de hotte forment un bien curieux trio dont l'union illumine le temps scintillant de l'Avent. Improbable rencontre qui mérite que l'on rembobine le fil d'une histoire tissée de toutes pièces par la mémoire collective. N'est-ce pas précisément ce que l'on appelle la magie de Noël ? 

Le personnage de saint Nicolas est inspiré de Nicolas de Myre, saint très populaire mais sur lequel planent de nombreux doutes quant à sa réalité historique.

Né en Asie Mineure vers 270 après J-C. dans une petite ville maritime, ce saint évêque fut très tôt honoré en Orient. Puis, suite au transfert de ses reliques à Bari sur la côte italienne en 1087, son culte va connaitre un formidable essor et gagner le nord de l'Europe.

L’un des épisodes de sa vie aura un immense écho dans l’Occident chrétien ; il concerne la dotation faite en secret des trois filles d’un noble tombé dans la misère. Pour les sauver de la faim, ce dernier envisage la possibilité de prostituer les jeunes femmes. Jetant discrètement des pièces d'or par la fenêtre de la maison, Nicolas permet au père de marier honorablement chacune de ses filles. C’est très certainement à cause de cette action mais aussi parce que sa fête a lieu en décembre que Nicolas devient, dès la fin du Moyen Age, le saint distributeur d’étrennes. 

Elu évêque, loué pour ses multiples qualités, Nicolas remplace avantageusement Neptune lorsqu'il apparait miraculeusement aux côtés de marins pris dans la tempête. Marins et ports se placeront désormais sous sa protection.

Un autre fait attribué à Nicolas apparait tardivement en Occident et résulte probablement de la fusion de divers moments de sa vie légendaire. Mis en musique, il raconte la macabre mésaventure de trois innocents qui réclamaient asile pour la nuit à un boucher ou à un aubergiste. Ce dernier, peut-être conseillé par sa femme, décide de les tuer, de les découper et de mettre au saloir leurs chairs préparées. Crime resté impuni jusqu'à la venue de saint Nicolas, sept années plus tard. Lequel demande à son tour un souper à l'assassin et désigne le saloir où sont conservés les corps des petites victimes. Le saint ressuscite alors les trois enfants. La forme du tonneau duquel surgissent les ressuscités a peut-être inspiré la hotte du père Noël. 

Saint Nicolas ressuscitant les trois jeunes gens (détail) - Bicci di Lorenzo (Florence , Italie 1373-1452) - Courtesy of Metropolitan Museum of art, NY, US 


Apothéose du 11 novembre 1920

Apothéose du 11 novembre 1920 Iwill Paris Musées collections
Enveloppant le pont Royal et le pavillon des Tuileries, une brume lumineuse accompagne les Parisiens qui déambulent en ce jour de commémoration de la paix et de la victoire.
Cette année-là, la cérémonie prit une dimension particulière ; la République française fêtait son cinquantenaire et l'on honora les morts de la guerre en inhumant à Paris un soldat inconnu.

Dès novembre 1918, Maurice Maunoury, député d’Eure-et-Loir, fit une proposition de résolution à l'Assemblée pour inviter le Gouvernement à déposer les restes d’un soldat non identifié au Panthéon.

L'auteur de cette scène intitulée Apothéose du 11 novembre 1920 est Marie-Joseph Léon Clavel. Peintre paysagiste français, il est plus connu sous le nom de « I WILL » (en anglais : « Je le ferai »). Un surnom tôt adopté par Clavel afin de signifier sa détermination dans le choix d'une carrière artistique malgré les réticences de son père.

Retenu prisonnier en Suisse pendant la guerre de 1870, Clavel avait été frappé par la beauté de la nature, ce qui détermina son orientation vers la peinture de paysage. Excellant dans l'interprétation des effets climatiques, il joue avec élégance des effets de la lumière à travers une gangue nocturne qui adoucit les contours des architectures.  

Apothéose du 11 novembre 1920 - IWILL (1850-1923) - Musée Carnavalet, Paris.

Éloge de la brioche

E. Manet Metropolitan Museum of Art NYC'est un adage bien connu des gastronomes, la nourriture renvoie chacun à sa propre histoire.

Symbole de richesse, abusivement associée à une fausse rumeur révolutionnaire - on accusa Marie-Antoinette d'avoir conseillé au peuple clamant sa faim qu'il mange de la brioche à défaut de pain - sa saveur beurrée accompagne la mémoire de nos papilles dès l'enfance.
 
Compagne des goûters et de l'heure du thé, distribuée à la sortie de la messe dominicale, baptisée de multiples noms, de toutes formes et de toutes grosseurs, cette fine pâte à pain très améliorée constitue l'un des piliers inamovibles du patrimoine culinaire français.
 
Alors, en ce dimanche où nous voilà tous cloîtrés, l'humeur parfois un peu morose, je partage avec vous les rondeurs réconfortantes de cette brioche parisienne peinte par Edouard Manet en 1870. En cette année terrible, celle de la guerre franco-prusse et des privations du siège de Paris, le peintre nous invite à goûter un peu de ce dessert, promesse de réconfort gustatif et pictural.
La brioche - Edouard Manet - 1870 - Metrop. M. of A. - NYC

 


Harengs aux reflets d'argent

W.Homer Le filet de hareng Métropolitan m of art USA NYC
Au menu de ce vendredi, voici le frétillant hareng. Ce bon et modeste poisson qui s’accorde si bien avec quelques pommes de terre tièdes frileusement enveloppées dans leur robe des champs.

Grégaire et migrateur, le hareng est l’un des poissons les plus abondants au monde : un seul banc peut contenir plus de trois milliards d’individus. Convoité par les pêcheurs européens comme par leurs lointains voisins américains, il figure depuis des décennies en bonne place sur les tables populaires. Au bistro comme à la cuisine, c’est un poisson aux goûts simples qui s’accommode facilement.

Mais sa capture n’est pas sans danger car l’homme doit affronter une mer qui peut à la fois le nourrir et l’engloutir. Le peintre américain Winslow Homer (1836-1910) décrit les efforts héroïques de ces deux pêcheurs dans leur travail quotidien. Face aux éléments déchainés, l’un stabilise l’embarcation tandis que son compagnon remonte le filet plein d'une ribambelle de harengs luisants.  Le filet de harengs - 1885 – W. Homer - Art Institute Chicago


Saveur électorale d'automne

02 11 le roi des potirons DAumier Met - Copie
Maître incontesté de la satire, Honoré Daumier illustre les saisons à sa façon. Publiée en 1865, sous le Second Empire qui a rétabli la censure de la presse, cette gravure associe l'embonpoint de ce couple de bourgeois aux rondeurs des potirons qu'ils observent. Un œil averti pourrait y voir une critique cocasse de la société impériale de Napoléon III.
En ces temps d'élections américaines, dans un pays qui honore particulièrement les citrouilles à l'occasion d'Halloween, voici un clin d'œil sur la (fausse) rondeur d'un certain candidat au teint aussi orangé que les dites cucurbitacées.
"Le roi des potirons recevant les hommages de ses sujets" - Honoré Daumier - 1865 - Metropolitan museum of art - NY

Le monde au-delà de la fenêtre

01 11 Chrysanthèmes Gustave Caillebotte Metropolitan museum of Art NY cc OACélèbre pour ses paysages urbains, vus de la fenêtre ou du balcon de son appartement parisien, le peintre impressionniste Gustave Caillebotte a aussi pratiqué la peinture de fleurs dans sa propriété du Petit Gennevilliers. 

Ami de Monet, il partage son goût du jardinage et suit la mode florale de l'époque qui se passionne pour le chrysanthème.

Venue du lointain Japon, popularisée par les Expositions universelles, motif récurrent de l'art décoratif, en 1893 cette fleur n'est pas encore associée à la Toussaint et apporte une note exotique aux jardins et aux peintures de natures mortes de la fin du 19e siècle.                        Chrysanthèmes - 1893 - Gustave Caillebotte - Metropolitan Museum of Art - NYC

 

 


VISITEZ en restant confinés ! #visitezenrestantconfines

Expo Caravage à Chartres !

Juliette et Alexandre selon Caravage

Les visites guidées vous manquent ......Voici une première sortie avec mes compagnons de confinement !

Nous nous associons à ce jeu lancé sur les réseaux sociaux et qui consiste à mimer, interpréter les oeuvres des musées. 

La peinture choisie est consacrée à deux tableaux du Caravage illustrant le thème de "la diseuse de bonne aventure", l'un se trouve au musée du Capitole à Rome, l'autre au musée du Louvre. Et nous en avons composé un troisième, désormais exposé à Chartres ...

Pour en savoir plus :

un long article sur l'image des femmes et des bas-fonds

https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/la-diseuse-de-bonne-aventure

une série d’œuvres et leurs délirantes interprétations


L'homme et la bête, l'homme est la bête

Metropolitan museum

La chasse, un face à face ancestral. Les destins croisés de l'homme et de l'animal ont nourri l'art et ses représentations depuis l'aube de l'humanité. A la Renaissance, Piero di Cosimo (1462–1522), peintre asocial et solitaire, imagine une scène de chasse primitive où l'humain et l’animal fusionnent. 

Peint à Florence à la fin du 15e siècle, ce sujet est inspiré par un texte composé au cours du 1er siècle avant notre ère et redécouvert à la Renaissance: De Rerum Natura (De la nature des choses). Son auteur, le philosophe Lucrèce, tente d'y expliquer la nature du monde, de faire le point sur l'histoire, les religions.

La représentation du peintre associe la figure du monstre, mi-homme, mi-animal, à l'être primitif, et livre ainsi une version de l’évolution humaine qui n'est pas celle de l'Eglise. Dans cette chasse où l’on ne sait plus qui fuit et qui assaille, l'affrontement cynégétique symbolise toutes les luttes émaillant le destin humain et qui - à leur paroxysme - renvoient l'homme au rang de l'animal.

Metropolitan museum - Copie

Scène de chasse - 1485-1500 - Piero di Cosimo (Piero di Lorenzo di Piero d'Antonio - Metropolitan museum - New York - CC0

ART&CHASSE Chassé-croisé - Anne Chevée - Editions du Gerfaut - 2018  

https://www.editionsdugerfaut.com/produit/art-et-chasse/


Prison royale

A la veille de la Révolution, les grandes prisons parisiennes offraient un triste inventaire des abus et des défaillances de la politique carcérale.

Georges Cain Marie Antoinette sortant de la Conciergerie Musées de la Ville de Paris

Marie-Antoinette sortant de la prison de la Conciergerie le 16 octobre 1793 - Georges Cain - Musées de la Ville de Paris. Parmi elles, la Conciergerie, ancienne demeure royale qui fut l'une des plus importantes et des plus sévères accueillait près de 800 détenus par an.

C'est au 14e siècle que débute l'histoire de cette geôle. Elle tient son nom du logement du Concierge, personnage important et proche du roi, qui résidait là. Aux heures les plus sombres de la Terreur, le terrible Fouquier-Thinville y exerça la fonction d'accusateur public. Plus de 2700 personnes condamnées à mort y "séjournèrent" avant leur départ vers l'échafaud. La reine Marie-Antoinette, le poète André Chénier, les 21 députés girondins déclarés coupables de conspiration contre la République et Robespierre figurent ainsi sur la liste des pensionnaires les plus célèbres.

Au 19e siècle, conformément aux intentions de Louis XVIII, une chapelle fut construite à l'emplacement de la cellule où la reine vécut ses derniers jours. Jugée de manière expéditive, c'est là, au retour du tribunal à 4h du matin, qu'elle passa ses dernières heures avant son exécution à midi et quart.  

Prochain sujet du cycle Tout connaître de Paris, mardi 10 mars et mercredi 11 mars : "76 jours à la Conciergerie" - mardi 17 mars et mercredi 18 mars : "Les dernières heures de Robespierre"


Boîtes à malices

Sous Henri IV, la France qui sort d'une longue période de troubles civils, peine à être le foyer artistique qu'elle fut sous François 1er. 

Pourtant dès 1604, soucieuse de glorifier l'action de son époux, Marie de Médicis propose d'offrir à la ville de Paris une statue équestre du roi, érigée à la pointe de l'île de la Cité, sur le Pont-Neuf. 

Rompue aux usages des cours italiennes, la reine savait qu'un groupe de ce type, associant guerrier triomphant et cheval, fixerait pour la postérité la figure d'Henri IV.

Henri

Malheureusement, de cet ensemble, célèbre dès sa création, il ne subsiste que quelques débris.Victime du vandalisme révolutionnaire, la statue disparut au cours de l'année 1792.

Dès 1814, une version en plâtre fut placée sur le pont et, en 1818 on installa une nouvelle sculpture de bronze. Cette démarche visait à rendre ainsi à Paris son identité royale. L'époque impériale n'ayant pas été avare de monuments symboliques, il sembla nécessaire de contrer la propagande napoléonienne sur son propre terrain. De plus, l'humeur était à la vengeance ! Le nouveau Vert-Galant fut donc coulé dans le bronze de la statue qui surmontait la colonne Vendôme.

On raconte cependant que l'histoire ne s'arrêta pas là. Le fondeur, bonapartiste convaincu, aurait vengé cette profanation en cachant dans le ventre du cheval plusieurs pamphlets contre la Restauration placés dans des boîtes.

L'histoire était assez piquante et les restaurations menées sur la statue en 2004 ont bien révélé la présence de boîtes. Lesquelles contenaient effectivement des documents mais qui étaient liés à la gloire du Vert-Galant ainsi qu'au retour de la royauté sur le trône de France en 1818... 

Un dépôt hautement symbolique qui tentait ainsi d'effacer l’œuvre révolutionnaire en re-consacrant le fondateur de la dynastie Bourbon.

Ce sujet sera développé mardi 10 et mercredi 12 décembre 2018 en salle ART'Hist (Cycle Tout connaître de Paris - Les rives de la Seine). A lire grâce aux livrets qui accompagnent ces conférences : dans la collection Promenades parisiennes, "Sur les traces d'Henri IV" et "Les rives de la Seine"

 
 

 


TRÈS CHERS AMIS

épée académicien Jean Cocteau

Ils sont quarante académiciens à siéger sous la coupole, reconnaissables à leur célèbre habit vert et au port de l'épée. Une tenue bien particulière, définie en 1801 et qui peut revenir très cher. En 2014, le journaliste Daniel Garcia révélait que la confection de cet habit pouvait coûter plus de 30 000 euros, à la charge du nouvel entrant. Une somme à laquelle il faut adjoindre le coût de l'épée, autre symbole de l'académicien. Celle de Jean Cocteau dessinée par Cartier était sertie de diamants. Et comme la tradition le veut, elle lui fut offerte par ses amis. De très chers liens d'amitié ...

Texte extrait du dernier livret de mes Promenades parisiennes "Les rives de la Seine" - Editions ART'Hist - 9 euros. Disponible au rayon Tourisme de la librairie L'Esperluète à Chartres et sur commande auprès de la FNAC. 

Ces livrets sont le fruit d'un cycle de 20 conférences présentées en salle ART'Hist à Chartres d'octobre 2019 à mai 2020 ou en extérieur sur demande. 

 

 


CES PETITES CHOSES NOUVELLES

695 les causeuses 1895

Capter, restituer de brefs moments de la vie en composant ces "petits riens accidentels, insignifiants" (Kierkegaard, Journal, 1841). Vers 1885, affirmant sa volonté de se démarquer de Rodin, Camille Claudel élabore une série de croquis d'après nature qui ont en commun leur thème inspiré du quotidien et leur petite taille comme ces Causeuses ainsi décrites: "Un coin intime, inexpliqué, indéterminé.[...] Au fond dans l'angle, une femme annonce, par le geste plein de menace et de précaution de sa main droite levée près de sa bouche, qu'elle va parler. Et, autour d'elle, et devant elle, les trois commères, exaspérées de curiosité, tendant vers la bouche entr'ouverte déjà et vers le geste révélateur leur visage gourmand de savoir, impatient de connaître et d'entendre" (Morhardt).

Cette sculpture plus intime, qui parle de femmes, n'est pas nouvelle dans l'art de Camille dont les oeuvres expriment toujours une sorte d'émoi et transmettent une intensité très personnelle. Après l'harmonieuse Valse et le terrible choc de Clotho, il semble que toutes ces femmes composent une métaphore de sa vie.

Alors que La Valse représentait l'amour et l'art - deux forces qui l’entraînèrent avant de la briser -l'effrayante Clotho inspirée de la mythologie bataille avec les longs fils de la vie, prisonnière condamnée par ses sentiments. Quant aux Causeuses, leurs commérages ramènent ce qui fut un torrent d'amour et de création à bien peu de chose.

L'oeuvre : Les Causeuses - plâtre 1893-1905 - musée Rodin, Paris. A propos : Le titre "Ces petites choses nouvelles" est une expression employée par Camille Claudel dans une lettre écrite à son frère en 1893.


ETIENNE MARCEL. CE BOURGEOIS PRESQUE ROI

420

Une rue, une statue, une station de métro, un prix en faveur des entrepreneurs commémorent le marchand drapier qui portait les idéaux de la bourgeoisie réformatrice dans les temps troublés de la Guerre de Cent Ans.

Soucieux de garder Paris dans son rôle de capitale afin de préserver les intérêts du tiers-état, Etienne Marcel milite en faveur d'une monarchie contrôlée et pour l'égalité de la bourgeoisie face à la noblesse et au clergé. Devant l'incurie de Jean II le Bon - incapable de résoudre les troubles économiques qui affectent le pays - une idée fait son chemin chez les réformateurs : celle que le royaume serait mieux géré par les états généraux que par la dynastie des Valois.

Le 22 février 1358, Etienne Marcel et 3000 émeutiers envahissent le palais de la Cité. Ils veulent impressionner le Dauphin, figure de l'autorité monarchique depuis que son père a été fait prisonnier par les Anglais.
L'histoire retiendra le geste symbolique d'Etienne Marcel se coiffant du chapeau royal et imposant au jeune homme terrifié le chaperon bleu et rouge aux couleurs des réformateurs.(Détail du tableau de Lucien Mélingue - 1879 - Musée d'Orsay)


#cycletoutconnaîtredeParis20192020 #ParisAufildesquais #cpmeiledefranceprixetiennemarcel


DU PAIN SUR LES PLANCHES

Conférence-lecture d'Anne Chevée

Festival-entremets-2019-chartres-
Témoin de notre société, le pain bénéficie d’un statut particulier au sein de l’histoire française. Rassembleur, identitaire ou symbolique, sa consommation et sa représentation nourrissent depuis des siècles l’imaginaire des artistes.

Venez découvrir un inventaire amusant et désordonné inspiré par ce pivot de notre alimentation.

SAMEDI 5 OCT. 2019 / 11H-12H
MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE CHARTRES

Billeterie : https://festival-entremets.fr/produit/dupainsurlesplanches/


L'ART DU PLI

SP

Un matériau simple : des bandes de coton brut venu des Vosges. Une matière devenue méconnaissable. 

Sous les doigts experts de Simone Pheulpin, les bandes de ce calicot non blanchi sont coupées en bandelettes qu'elle plie et fixe à l'aide de milliers d'épingles. Roulée, pliée, la tranche de ces bandes fait éclore de curieuses formes qui évoquent des fossiles en formation. Un art du plissage étrange, beau et troublant.

Certaines de ses sculptures textiles sont exposées au domaine de Chaumont-sur-Loire. A découvrir lors de la journée Les Basiques Art contemporain ou sur place, à Chaumont. 


AMOUR, GLOIRE ET BEAUTÉ ...

Amb

Posés sur les rives de la Loire ou du Cher, installés en lisière de forêts giboyeuses, sentinelles embellies par des mécènes soucieux d'exprimer leur puissance et leur modernité, les châteaux d'Anet, Amboise et Chenonceau sont les témoins illustres d'une histoire de femmes et de passions. 

Rivales en amour, également éprises d’architecture et obstinées, Catherine de Médicis et Diane de Poitiers ont largement contribué à la notoriété de ces domaines. A Amboise, Catherine profite du bon air de la Touraine et fait engager de nouveaux travaux. Berceau de la Renaissance, la résidence reçut les premiers artistes italiens qui firent connaitre le nouveau style dans le royaume de France. Parmi eux, un certain Léonard de Vinci qui repose désormais sous les dalles de la chapelle du château. 

Non loin de là, la puissante favorite reçoit le domaine de Chenonceau et entreprend des aménagements somptueux dans les jardins puis sur la rivière où l'on jette les arches d'un pont destiné à recevoir une galerie. 

Mais depuis Amboise, Catherine veille et convoite peut-être déjà le domaine chéri de Diane. A la mort du roi, l'ex-favorite est contrainte d'échanger Chenonceau contre Chaumont-sur-Loire. Au grand château féodal, Diane préférera cependant le domaine d'Anet embelli avec soin et où elle rendra son dernier soupir.

Deux femmes, trois châteaux, une époque peu tendre avec la liberté féminine, des histoires d'amour et de pouvoir tissées de vérités et de légendes, à découvrir à travers des conférences et des visites. 

En savoir plus :

Jeudi 11 avril - "Toilette et beauté à la Renaissance" - Conférence en salle ART'Hist à Chartres 

Mercredi 22 mai - "Histoires de Diane(s) - Mythes et réalités" - Conférence en salle ART'Hist à Chartres 

Jeudi 23 mai - "Le château d'Anet" - Visite guidée du domaine - Anet 

Jeudi 13 juin - "Ô les beaux châteaux !" - Conférence en salle ART'Hist à Chartres 

Vendredi 14 juin - "Léonard et la Loire" - Conférence en salle ART'Hist à Chartres 

Samedi 15 et dimanche 16 juin - "Deux jours en Touraine" - Visites du château d'Amboise, du Clos-Lucé et du château de Chenonceau 

Logo-500ans


BANDE DE GROTESQUES !

Grotesque 15 04 19

Homme à tête de lion, poisson à la queue fleurie, superposition de candélabres et d'escargots ... Bienvenue dans l'univers des grotesques, un art du décor né en Europe à la fin du 15e siècle.

Figures hybrides associant chimères et rêves d'artistes, les grotesques troublent la connaissance du monde que s'approprie alors l'homme éclairé de la Renaissance.

Une faute avouée mais qui ne sera pas pardonnée : elles disparaîtront au lendemain du Concile de Trente. 

Lundi 15 avril. 14h30 à 16h30. "Bandes de grotesques !"Atelier pour enfants (7/11 ans) en salle ART'Hist, à Chartres. Qu'est-ce que des grotesques en art ? Où trouver des grotesques à Chartres ? Après une présentation, en salle, des grotesques visibles au musée et dans la cathédrale; atelier de dessin (encre de chine et aquarelle) et confection d'une bande de grotesques. Matériel fourni. 


AU SERVICE DE TOUTÂNKHAMON

001
Vieux peuple paysan, l'Egypte conserve dans ses tombes un curieux patrimoine composé de statuettes baptisées oushebtis ou encore chaouabtis.
Ces armées miniatures sont composées d'une multitude d'effigies modelées ou sculptées plus ou moins finement. Il s'agit d'esclaves posthumes destinés aux travaux agricoles de la Douat, cette résidence des morts conçue comme une version idéalisée du monde terrestre. Ils garantissaient au mort une profusion éternelle de nourriture dans l'au-delà. 

La tombe de Toutânkhamon comportait une vingtaine de statuettes dédicacées ainsi que 393 figures dénuées d'inscriptions mais identifiées comme des travailleurs encadrés par des surveillants. Certaines effigies funéraires en forme de momies représentent le pharaon comme cette élégante statuette en bois. Le jeune monarque est coiffé de la couronne khépresh, taillée dans l'ébène. 

Cette statuette en bois habituellement conservée au musée du Caire est visible à la Halle de la Villette, dans l'exposition "Toutânkhamon. Le trésor du pharaon" jusqu'au 15 septembre 2019


DE PÈRE EN FILS...UN PÈRE ET PASSE...si facile la filiation

6

L'un est un peintre mondialement célèbre; l'autre son fils, grand cinéaste.

Pierre-Auguste Renoir et Jean Renoir sont au cœur d'une exposition qui explore leurs liens, parfois évidents, souvent complexes.

Sujet de prédilection pour son père, Jean est représenté sur une soixantaine de portraits par le peintre. Parfois costumé, l'enfant joue un "rôle" qui explique peut-être l'origine de son goût pour le cinéma. 

135

Habillé en grand Pierrot blanc, Jean pose de manière joyeuse et contredit ainsi l'interprétation traditionnelle que donnent les artistes de ce personnage, généralement vu comme une métaphore de la solitude. Le Pierrot blanc - 1901-1902 - P.A. Renoir - Detroit

Exposition "Renoir père et fils. Peinture et Cinéma". Musée d'Orsay, jusqu'au 27 janvier 2019


SOPHISTICATION SULFUREUSE

1
Souriant, à demi renversé sur une peau de bête, un jeune homme étreint de son bras droit le bélier placé derrière lui et se tourne vers le spectateur. Une bien curieuse position pour ce jeune homme, ultime prophète chrétien et futur saint Jean-Baptiste. 

Sa position à la fois complexe et sophistiquée n'est pas sans évoquer celles qu'adoptent d'autres jeunes gens au plafond de la chapelle Sixtine, les ignudi de Michel-Ange, éphèbes musculeux aux poses étonnantes. 

Un siècle après la Sixtine, c'est aussi un Michel-Ange qui signe cette oeuvre romaine. Sulfureux peintre, Michelangelo Meresi di Caravaggio n'en est pas à son coup d'essai. Comme son célèbre prédécesseur, il évolue dans le monde des commanditaires romains prestigieux, celui des dignitaires ecclésiastiques de haut-rang.

Mais alors que l'on renculotte les postérieurs peints par Michel Ange au plafond de la chapelle vaticane, Caravage dévoile les nudités de nonchalants jeunes hommes, usant et abusant des effets de la veine naturaliste, parfois aux limites de l'acceptable.

Provocateur dans le traitement très naturaliste du corps, Caravage se démarque aussi de l'iconographie traditionnelle. Depuis des siècles, il est d'usage de représenter Jean-Baptiste accompagné de l'agneau, symbole du Christ crucifié. Le bélier - bien qu'animal du sacrifice aussi - ajoute une touche sulfureuse à la toile tout en évoquant un autre sacrifice biblique, celui d'Isaac qui préfigure la mort du Christ. 

Une transgression des codes qui vaudra cependant au peintre la célébrité malgré la rupture affichée avec l'idéalisation héritée de la Renaissance.

Cette toile est visible dans l'exposition "Caravage à Rome, amis et ennemis", musée Jacquemart-André. Elle sera commentée en cycle Actualités des expositions

Visite guidée de l'exposition jeudi 11 octobre 2018 à 12h15 (complet).


BELLES LECTURES

002

La rentrée ART'Hist se prépare ...studieusement...élégamment ... avec ce joli panneau peint par Rogier van der Weyden vers 1435. (National Gallery - Londres)

Promesse de jolies découvertes avec le cycle Approches, le mardi de 10h45 à 11h45.

Lors de la saison 2018-2019, cette séance du mardi sera consacrée à la découverte des moments forts de l'art occidental, du 15e siècle au milieu du 20e siècle.

Reprise des cours mardi 2 octobre. Pour des informations supplémentaires : [email protected]

 


POSTURES MELANCOLIQUES

Source intarissable de chefs-d'oeuvre depuis l'Antiquité, la mélancolie est un sujet particulièrement passionnant à étudier car il associe deux caractéristiques étonnantes chez certains êtres d'exception: la folie et le génie.

Nommée tristesse romantique, spleen baudelairien ou plus simplement dépression, la mélancolie s'exprime fréquemment par une posture très significative, le menton posé sur la main, symbole de cet état de tristesse pensive. 

   440

Quand il s'installe à Auvers-sur-Oise, Van Gogh se lie avec le docteur Gachet dont il laissera un portrait frappant: l'homme de science parait marqué par une profonde tristesse. Veuf depuis plusieurs années, Gachet restait très éprouvé par son deuil. Hyperactif, assez peu orthodoxe dans ses idées médicales comme dans ses idées sociales, il connut des moments de lassitude et de déception. Cet état de découragement a probablement été pour le peintre un motif d'identification.

Il est "aussi découragé, écrit Van Gogh, dans son métier de médecin de campagne que moi de ma peinture". " J'ai trouvé dans le docteur Gachet un ami tout à fait et quelque chose comme un nouveau frère, tellement nous nous ressemblons physiquement et moralement aussi. Il est très nerveux et (...) bizarre lui-même. Ce qui me passionne le plus(...) c'est le portrait, le portrait moderne. Je voudrais faire des portraits qui un siècle plus tard (...) apparussent comme des apparitions. Donc je ne cherche pas à faire cela par la ressemblance photographique, mais (...) employant comme moyen d'expression et d'exaltation du caractère notre science et goût moderne de la couleur."

Gachet avait été attaché à un service de l'hôpital de la Salpêtrière où il avait acquis une réelle expérience de la pathologie mentale et pour sa thèse de médecine, il choisit d'écrire une Etude sur la mélancolie.

 


SUR LE ZINC

A Paris, au 19ème siècle, le mythe de la vie d'artiste devient bien souvent synonyme de vie au café.                                                                                                                                           Bien avant Montparnasse, c'est à Montmartre que rapins et plumitifs sans le sou se réunissent dans ces nouveaux temples de l'intelligence "où souffle l'esprit". Après la Commune et la proclamation de la IIIe République un "pauvre café" de la place Pigalle "fréquenté par tous les mauvais sujets de l'art" devient le lieu de rendez-vous de cette bohème.                                 Dans un café, dit aussi l'absinthe. Degas. Musée d'Orsay
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Immortalisé par Degas dans un célèbre tableau, le café de la Nouvelle Athènes accueille les peintres Renoir, Fantin-Latour, Caillebotte. Satie joue du piano pour gagner sa vie, Mallarmé bavarde avec Villiers de l'Isle-Adam tandis que Sarah Bernhardt y fait quelques apparitions.                                   

Lieux de rencontre, les cafés furent aussi sources d'inspiration et les témoins muets de la naissance de nombreux courants artistiques.

Ce tableau fera l'objet d'une étude détaillée lors des journées Basiques sur l'Impressionnisme, vendredi 13 avril 2018 et samedi 9 juin 2018.