HORUS ROI

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Les Égyptiens ont attentivement observé les animaux qui partageaient leur environnement. Parmi les rapaces, le faucon occupe une place très spécifique.

Le vol de cet oiseau aux évolutions particulièrement hautes dans le ciel, a peut-être laissé les anciens Égyptiens supposer qu’un tel talent était d’essence divine. De cette observation découle son nom « Horus » qui signifie « le Lointain ».

Roi des oiseaux d’Égypte, on le compare volontiers au Pharaon car l’ennemi se sent paralysé devant le souverain « comme le sont les autres volatiles en présence d’un faucon ». Fils d’Isis et d’Osiris, il succède à son père sur le trône du monde des vivants et devient donc le protecteur de la royauté. Preuve de cette très lointaine identité ; l’un des premiers pharaons connus, il y a 5200 ans, se faisait appeler le Roi-Faucon. 

Statue d’Horus - Basalte - entre 305 et 30 avant J.-C. - Art Institute, Chicago


L'AUTRE MONARQUE DES HIGLANDS

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Au 19e siècle, la passion de l’aristocratie britannique pour la chasse au cerf dans les Highlands entraina l’aménagement de domaines et la prolifération des cervidés dans cette région d’Écosse. L’expression deer forests désignait ainsi des terres appartenant à l’aristocratie écossaise mais vidées de leurs populations pour être louées par l’aristocratie britannique afin d’y chasser le cerf.

Le peintre anglais Sir Edward Landseer découvrit la région en 1824 sous l’influence des romans de Walter Scott. Devenu une personnalité importante de la société victorienne, invité à Balmoral, il composa plusieurs peintures pour la reine dont le célèbre Monarch of the Glen, portrait d’un splendide cerf dressé sur un fond montagneux incarnant l’Écosse britannique.

Sur cette autre œuvre de Landseer, la chasse est évoquée par la mise en scène de l’animal. Couché sur le flanc, langue pendante et fourrure rougie, le cerf mortellement blessé jette un regard poignant qui amplifie le pathétique du moment.

Très appréciées sous l’ère victorienne, les multiples peintures de cerfs ont largement contribué à élaborer une mémoire collective partagée par l’Écosse et la monarchie britannique. Cette mémoire mise en place au 19esiècle a perduré et le cerf est toujours considéré comme l’un des emblèmes de l’Écosse.

Cerf mourant  - 1830 - Sir Edward Landseer - Metropolitan Museum of Art, NY

 


CHASSE MOGHOLE

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Munis d’arcs, deux cavaliers moghols - homme et femme - pourchassent plusieurs animaux dont une antilope au pelage bicolore et aux longues cornes torsadées. Également connue sous le nom de blackbuck, cette antilope indienne particulièrement véloce peut atteindre la vitesse de 110km à l’heure.  Autrefois considérée comme l’un des principaux herbivores de la péninsule indienne, elle a disparu du Pakistan comme du Bangladesh et ne survit plus qu’en Inde où elle est protégée.  Réputé particulièrement rapide, le bel animal était à la fois chassé pour l’exploit sportif, pour ses cornes mais aussi cause des dégâts qu’il causait aux cultures céréalières.

Peinte dans le nord de l’Inde au 18e siècle, cette miniature raffinée illustre une activité incontournable des cours mogholes. La dynastie qui régna en Inde du 16e au 19e siècle n’avait pas d'origine mongole, ses premiers souverains étaient des princes turcs originaires de l'Asie centrale. Amateurs d’art, ils favorisèrent la production d‘une peinture raffinée qui constitue aujourd’hui une précieuse source d’information sur leur mode de vie.

Prince et princesse chassant l’antilope - milieu du 18e siècle - aquarelle et or sur papier – Art Institute Chicago.


LE ROI DU CIVET

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Disposés près d’une soupière, les trophées d’une partie de chasse semblent attendre l’arrivée de la cuisinière.

En France, on a longtemps privilégié le lièvre et le lapin de garenne au lapin de chou, c’est-à-dire le lapin d’élevage. Les gourmets considéraient en effet les « connins » sauvages comme bien meilleurs que leurs cousins de clapier et, au milieu du 18e siècle, le lièvre va devenir le roi du civet. Désormais servis dans une sauce liée avec le sang de l’animal, les morceaux de lièvre composent un plat qui devient alors emblématique de la gastronomie française.  

Mêlant fruits, légumes et gibier, cette nature morte témoigne du don de Jean-Baptiste Siméon Chardin à traiter chaque matière en fonction de sa capacité à absorber ou à réfléchir la lumière : subtilité des poils du lièvre, éclat du métal de la soupière, moirure des pommes et des poires. Tapi dans l’angle gauche, le corps tendu d’un chat apporte une note de vie et laisse supposer que la chasse n’est peut-être pas tout à fait close.

Chat guettant une perdrix et un lièvre morts – Jean B. Siméon Chardin - vers 1728-1730 – Metropolitan Museum of Art, NYC


UNE BELLE COMPLICITÉ

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Autrefois réservé à une élite, le portrait de chien se démocratise au 19e siècle et de nombreux maîtres souhaitant conserver un souvenir de qualité de leur animal passent commande auprès des peintres. Les tableaux représentant des chiens isolés se multipliant, les artistes rivalisent d’ingéniosité pour dépeindre le sujet canin avec originalité. Connaissant le lien étroit qui unit l’animal à son propriétaire, ils insistent souvent sur les postures les plus expressives du limier.

Thomas Doughty, peintre populaire aux États-Unis dans les années 1820 et 1830 a su parfaitement reproduire la pose de ce chien à l’arrêt, figé dans une pose tendue très caractéristique. On devine la présence du maître qui, après avoir localisé son chien immobile, avance lentement, le fusil bien en main vers la proie détectée. Une forme de chasse qui témoigne de la complicité millénaire entre l'homme et son auxiliaire canin.

Paysage avec chien – 1832 -  Thomas Doughty (1791 – 1856) - Art Institute of Chicago


LE DERNIER DES BISONS

Le dernier des bisons

Activité essentielle pour les tribus des Indiens des plaines en Amérique du Nord, la chasse au bison est le sujet de ce très grand tableau du peintre Albert Bierstadt.

Lorsqu’il réalisa cette œuvre, les bisons étaient au bord de l'extinction : de 30 millions au début du siècle, ils n’étaient plus qu’un millier dans les années 1880. Une disparition favorisée par le gouvernement fédéral des États-Unis car elle procurait de nouveaux pâturages pour les éleveurs tout en affaiblissant la population amérindienne dont le bison était la principale source de nourriture. Une chasse ancestrale mais qui n’était pas sans danger comme en témoigne l’homme gisant au milieu des bêtes au premier plan.

Bierstadt n’a probablement pas assisté à cette scène issue de son imagination mais il aborde ainsi un problème d’actualité : la disparition d’une certaine faune causée par l'empiétement des colonies sur les territoires indiens.

Le dernier des bisons - 1888 - Albert Bierstadt - NGA Washington


L’HABIT NE FAIT NI LE MOINE NI LE CHASSEUR

Daumier Chasse au lion

Au 19e siècle, la chasse se démocratise et les chasseurs européens parcourent de nouvelles contrées où le gibier change parfois de camp. Nombre de récits coloniaux rapportent les risques encourus par les plus téméraires qui, bien que cernés par des bêtes sauvages, finissent par vaincre l’adversité. Ruses, traques et pièges sont donc au centre des réflexions comme le choix des vêtements qui faciliteront l’exercice du chasseur tout en le protégeant.

Jouant sur l’héroïsation, ces récits nourrissent les fantasmes des pratiquants les plus novices qui se rêvent déjà en chasseurs aguerris. Ce que rappelle sarcastiquement cette caricature de Daumier en 1867 avec deux nouveaux équipements pour la chasse au lion.

Bien que sacré roi des animaux, le lion était pourtant devenu plus familier aux Parisiens grâce aux ménageries. Plusieurs spécimens rejoignent celle du Museum d’Histoire naturelle après la Révolution. En 1798 arrivent Marc, le lion de Tunis et sa femelle Constantine qui donnera naissance à trois lionceaux. Ils seront rejoints par un autre couple de lions après les campagnes de Bonaparte en Italie.

Une nouvelle tenue pour la chasse au lion – planche 395 de Actualités – 1857 - H. Daumier – Art Institute Chicago


UN CERF DIVIN

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Dès 1700 avant J.-C., le royaume puissant des Hittites est établi en Anatolie centrale ( partie asiatique de la Turquie actuelle). Son armée détruit partiellement Babylone en 1595 avant J.-C. et combat le roi égyptien Ramsès II en 1285 avt J.-C.  

Bien que manquant d’eau pour développer l’agriculture, les Hittites disposaient d’une autre richesse ; celles des mines de fer, de cuivre et d’or. Apte à produire les armes et les chars qui les conduisaient au combat, cette richesse minière a aussi favorisé la naissance d’un artisanat de luxe comme en témoigne ce rhyton en argent, récipient à boire en forme de cerf. Comme pour le lion, le cerf faisait l’objet d’une chasse en char et a été fréquemment représenté dans le décor des monuments.

En Anatolie, dès le Néolithique, si le cerf personnifie un culte typiquement cynégétique ; il incarne aussi le renouveau des défunts. Les textes hittites mentionnent que ce type de récipient en forme d’animal pouvait être donné aux dieux pour leur propre usage.

Rhyton en forme de cerf – argent - 13-14e siècle avt J.-C. – Metropolitan Museum of Art, NY


CHASSE, TABAGIE ET CHINOISERIES

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Cette pipe étonnante figurait probablement dans un cabinet de curiosités où des objets aussi particuliers pouvaient être observés sous tous les angles.

Composée d’argent et de bois de chevreuil, sa forme évoque les roches ornementales des jardins chinois ainsi que celle du narguilé. Au 18e siècle, les chinoiseries connaissent une extraordinaire diffusion en Europe et jouent un rôle déterminant dans les arts décoratifs.

Sublime bizarrerie, cette pipe associe deux sources de satisfaction ; le tabac et la chasse. Mais cet objet d’art renvoie aussi de manière plus subtile vers d’autres plaisirs car le tabac était considéré comme ayant des pouvoirs aphrodisiaques, et on considérait que la corne de cerf pulvérisée stimulait la puissance.

Dans la tradition populaire, plusieurs civilisations considèrent les cerfs comme des animaux particulièrement bénéfiques. En Chine, la corne de cerf fait partie des ingrédients fondamentaux de la médecine traditionnelle.

Pipe et son coffret – 1740 – Metropolitan Museum of Art, NY


NAPOLÉON ET LA CHASSE

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Soucieux de rétablir les fastes de l'Ancien Régime au bénéfice de la cour impériale, Napoléon fera renaitre la vénerie éteinte dans la tourmente révolutionnaire. 

Mais l'empereur perçoit aussi la chasse comme un exercice d’entrainement aux cavalcades guerrières.  Et, selon madame de Rémusat « il aime la chasse plutôt pour l’exercice qu’elle lui fait faire que pour ce plaisir en lui-même ».

Au retour de la campagne d’Autriche en 1809, Napoléon chasse régulièrement. Cette distraction lui permet d’oublier la peine éprouvée suite à son divorce, pour raison d’état, avec Joséphine. Les lettres de ses proches relatent une pratique de la chasse quasi quotidienne dans les mois précédant son remariage avec Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche.

Napoléon à cheval - Miniature sur ivoire  – vers 1830 – Luigi Marta (1790–1858) – Metropolitan Museum of Art, NY

Réalisée après la mort de Napoléon et avant le retour de ses cendres à Paris, cette miniature posthume témoigne de la renaissance du culte de l'empereur à partir des années 1830. 


BLEUS ÉLITISTES

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Autrefois chassé, le martin-pêcheur de cette nature morte attire l’œil grâce à sa livrée colorée qui répond au bleu vif de la gibecière étalée sur la table de marbre. 

Mais le bel éclat des plumes de ce petit oiseau a aussi largement contribué à sa raréfaction dans certaines parties du monde. Ainsi en Chine où elles étaient particulièrement recherchées pour la fabrication de bijoux : minutieusement découpées et collées sur des plaques d'or ou d'argent doré, les fines barbes des plumes composaient de superbes ornements de tête portés par les femmes de l’aristocratie lors des grandes occasions.

Spécialiste de ce type de peintures, l’artiste Willem van Aelst (1627-1683) répéta trente années durant le même arrangement d'accessoires de chasse et de gibier. En Hollande au 17e siècle, la chasse était un privilège réservé à la noblesse et protégé par des règles très sévères. Ce type de peinture évoquait donc principalement le passe-temps d’une élite.

Willem van Aelst – Nature morte au martin-pêcheur – 1661 – National Gallery of Art, Washington