UNE BELLE COMPLICITÉ

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Autrefois réservé à une élite, le portrait de chien se démocratise au 19e siècle et de nombreux maîtres souhaitant conserver un souvenir de qualité de leur animal passent commande auprès des peintres. Les tableaux représentant des chiens isolés se multipliant, les artistes rivalisent d’ingéniosité pour dépeindre le sujet canin avec originalité. Connaissant le lien étroit qui unit l’animal à son propriétaire, ils insistent souvent sur les postures les plus expressives du limier.

Thomas Doughty, peintre populaire aux États-Unis dans les années 1820 et 1830 a su parfaitement reproduire la pose de ce chien à l’arrêt, figé dans une pose tendue très caractéristique. On devine la présence du maître qui, après avoir localisé son chien immobile, avance lentement, le fusil bien en main vers la proie détectée. Une forme de chasse qui témoigne de la complicité millénaire entre l'homme et son auxiliaire canin.

Paysage avec chien – 1832 -  Thomas Doughty (1791 – 1856) - Art Institute of Chicago


LE DERNIER DES BISONS

Le dernier des bisons

Activité essentielle pour les tribus des Indiens des plaines en Amérique du Nord, la chasse au bison est le sujet de ce très grand tableau du peintre Albert Bierstadt.

Lorsqu’il réalisa cette œuvre, les bisons étaient au bord de l'extinction : de 30 millions au début du siècle, ils n’étaient plus qu’un millier dans les années 1880. Une disparition favorisée par le gouvernement fédéral des États-Unis car elle procurait de nouveaux pâturages pour les éleveurs tout en affaiblissant la population amérindienne dont le bison était la principale source de nourriture. Une chasse ancestrale mais qui n’était pas sans danger comme en témoigne l’homme gisant au milieu des bêtes au premier plan.

Bierstadt n’a probablement pas assisté à cette scène issue de son imagination mais il aborde ainsi un problème d’actualité : la disparition d’une certaine faune causée par l'empiétement des colonies sur les territoires indiens.

Le dernier des bisons - 1888 - Albert Bierstadt - NGA Washington


L’HABIT NE FAIT NI LE MOINE NI LE CHASSEUR

Daumier Chasse au lion

Au 19e siècle, la chasse se démocratise et les chasseurs européens parcourent de nouvelles contrées où le gibier change parfois de camp. Nombre de récits coloniaux rapportent les risques encourus par les plus téméraires qui, bien que cernés par des bêtes sauvages, finissent par vaincre l’adversité. Ruses, traques et pièges sont donc au centre des réflexions comme le choix des vêtements qui faciliteront l’exercice du chasseur tout en le protégeant.

Jouant sur l’héroïsation, ces récits nourrissent les fantasmes des pratiquants les plus novices qui se rêvent déjà en chasseurs aguerris. Ce que rappelle sarcastiquement cette caricature de Daumier en 1867 avec deux nouveaux équipements pour la chasse au lion.

Bien que sacré roi des animaux, le lion était pourtant devenu plus familier aux Parisiens grâce aux ménageries. Plusieurs spécimens rejoignent celle du Museum d’Histoire naturelle après la Révolution. En 1798 arrivent Marc, le lion de Tunis et sa femelle Constantine qui donnera naissance à trois lionceaux. Ils seront rejoints par un autre couple de lions après les campagnes de Bonaparte en Italie.

Une nouvelle tenue pour la chasse au lion – planche 395 de Actualités – 1857 - H. Daumier – Art Institute Chicago


UN CERF DIVIN

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Dès 1700 avant J.-C., le royaume puissant des Hittites est établi en Anatolie centrale ( partie asiatique de la Turquie actuelle). Son armée détruit partiellement Babylone en 1595 avant J.-C. et combat le roi égyptien Ramsès II en 1285 avt J.-C.  

Bien que manquant d’eau pour développer l’agriculture, les Hittites disposaient d’une autre richesse ; celles des mines de fer, de cuivre et d’or. Apte à produire les armes et les chars qui les conduisaient au combat, cette richesse minière a aussi favorisé la naissance d’un artisanat de luxe comme en témoigne ce rhyton en argent, récipient à boire en forme de cerf. Comme pour le lion, le cerf faisait l’objet d’une chasse en char et a été fréquemment représenté dans le décor des monuments.

En Anatolie, dès le Néolithique, si le cerf personnifie un culte typiquement cynégétique ; il incarne aussi le renouveau des défunts. Les textes hittites mentionnent que ce type de récipient en forme d’animal pouvait être donné aux dieux pour leur propre usage.

Rhyton en forme de cerf – argent - 13-14e siècle avt J.-C. – Metropolitan Museum of Art, NY


CHASSE, TABAGIE ET CHINOISERIES

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Cette pipe étonnante figurait probablement dans un cabinet de curiosités où des objets aussi particuliers pouvaient être observés sous tous les angles.

Composée d’argent et de bois de chevreuil, sa forme évoque les roches ornementales des jardins chinois ainsi que celle du narguilé. Au 18e siècle, les chinoiseries connaissent une extraordinaire diffusion en Europe et jouent un rôle déterminant dans les arts décoratifs.

Sublime bizarrerie, cette pipe associe deux sources de satisfaction ; le tabac et la chasse. Mais cet objet d’art renvoie aussi de manière plus subtile vers d’autres plaisirs car le tabac était considéré comme ayant des pouvoirs aphrodisiaques, et on considérait que la corne de cerf pulvérisée stimulait la puissance.

Dans la tradition populaire, plusieurs civilisations considèrent les cerfs comme des animaux particulièrement bénéfiques. En Chine, la corne de cerf fait partie des ingrédients fondamentaux de la médecine traditionnelle.

Pipe et son coffret – 1740 – Metropolitan Museum of Art, NY


NAPOLÉON ET LA CHASSE

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Soucieux de rétablir les fastes de l'Ancien Régime au bénéfice de la cour impériale, Napoléon fera renaitre la vénerie éteinte dans la tourmente révolutionnaire. 

Mais l'empereur perçoit aussi la chasse comme un exercice d’entrainement aux cavalcades guerrières.  Et, selon madame de Rémusat « il aime la chasse plutôt pour l’exercice qu’elle lui fait faire que pour ce plaisir en lui-même ».

Au retour de la campagne d’Autriche en 1809, Napoléon chasse régulièrement. Cette distraction lui permet d’oublier la peine éprouvée suite à son divorce, pour raison d’état, avec Joséphine. Les lettres de ses proches relatent une pratique de la chasse quasi quotidienne dans les mois précédant son remariage avec Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche.

Napoléon à cheval - Miniature sur ivoire  – vers 1830 – Luigi Marta (1790–1858) – Metropolitan Museum of Art, NY

Réalisée après la mort de Napoléon et avant le retour de ses cendres à Paris, cette miniature posthume témoigne de la renaissance du culte de l'empereur à partir des années 1830. 


BLEUS ÉLITISTES

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Autrefois chassé, le martin-pêcheur de cette nature morte attire l’œil grâce à sa livrée colorée qui répond au bleu vif de la gibecière étalée sur la table de marbre. 

Mais le bel éclat des plumes de ce petit oiseau a aussi largement contribué à sa raréfaction dans certaines parties du monde. Ainsi en Chine où elles étaient particulièrement recherchées pour la fabrication de bijoux : minutieusement découpées et collées sur des plaques d'or ou d'argent doré, les fines barbes des plumes composaient de superbes ornements de tête portés par les femmes de l’aristocratie lors des grandes occasions.

Spécialiste de ce type de peintures, l’artiste Willem van Aelst (1627-1683) répéta trente années durant le même arrangement d'accessoires de chasse et de gibier. En Hollande au 17e siècle, la chasse était un privilège réservé à la noblesse et protégé par des règles très sévères. Ce type de peinture évoquait donc principalement le passe-temps d’une élite.

Willem van Aelst – Nature morte au martin-pêcheur – 1661 – National Gallery of Art, Washington


LE POUVOIR DES CORNES DE LA GAZELLE

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Partiellement dorée d’un mélange de mercure et d’or, cette assiette en argent datée du 5e siècle est probablement un cadeau prestigieux qui témoigne du savoir-faire des artisans iraniens et de l’importance symbolique que revêt la chasse.

Elle figure le souverain sassanide Bahram Gur mis au défi par son musicien préféré, Azada, d'accomplir certaines prouesses. Défi relevé par le roi qui en décochant une flèche emporte les cornes d'une gazelle mâle, laquelle se met à ressembler à une femelle.

Assiette avec une scène de chasse du conte de Bahram Gur et Azadeh - 5ème siècle après J.C. - Metropolitan Museum of Art, NY


APPARENCES TROMPEUSES

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Quelle abondance sur ce bel étal d’un marché flamand près duquel se tient un homme vêtu de rouge !

Mêlant gibier, fruits et légumes, la composition joue sur des effets contrastés : un grand cygne blanc dont le cou pend sans force jouxte un chevreuil fauve suspendu à la verticale, paon et faisan voisinent avec une pile de lièvres et une tête de sanglier. Dans ses tableaux, le peintre Snyders montre souvent des animaux au stade précédant leur préparation dont certains n’étaient pas destinés à être consommés. Ainsi le cygne adulte : sa chair ne figurait pas au menu des banquets du 17e siècle.

Mais le contraste n’est pas seulement une affaire de couleurs et de textures, il s’observe aussi dans la répartition des sujets. Alors que la moitié supérieure de la scène attire notre regard par sa virtuosité, une autre partition se joue discrètement à l’étage inférieur. Deux coqs s’affrontent, un chat guette ses proies tandis qu’un voleur se glisse sous le panier du vieil homme pour le détrousser.

Plus qu’une simple scène de marché, le tableau offre une réflexion et une mise en garde sur l’apparence parfois trompeuse de la réalité.

Nature morte avec gibier, fruits et légumes morts dans un marché – 1614 - Frans Snyders( 1579-1657) – Art Institute of Chicago, US


LE TÊTE-À-TÊTE INTERROMPU

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Reporter dessinateur durant la guerre de Sécession, le peintre américain Winslow Homer (1836-1910) est aussi l’interprète de scènes rurales qu’il charge d’un fort contenu émotionnel. Peu représenté en France, il y présente pourtant en 1867, lors de l’Exposition universelle, deux toiles sur le thème de la guerre et s’intéresse au travail des artistes de l’Ecole de Barbizon.

Entre 1873 et 1905, Homer réalise près de 700 aquarelles qui témoignent de sa passion pour la nature.  Une inspiration nourrie par plusieurs séjours dans les Adirondacks où il produit des œuvres d’une grande subtilité, véritables hymnes à la solitude, à la nature et à la vie en plein air.

Figé au milieu des herbes, le cerf prend conscience d'une autre présence dont l'identité - peintre ou chasseur - est laissée à l'imagination du spectateur.

Le tête-à-tête interrompu - 1892 - Winslow Homer - Art Institute, Chicago, US


DES RAPACES HONORÉS

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Comme leurs homologues européens du 17ème siècle, les peintres américains ont représenté des compilations d’oiseaux évoquant les collections d’animaux empaillés des cabinets de curiosités.

Sur ce tableau réalisé en 1840, l’auteur réunit des volatiles chassés mais aussi des spécimens admirés pour leur plumage. Figures emblématiques des contrées de l’Amérique du Nord, les rapaces y occupent une place privilégiée.

Preuve de l'admiration entourant ces animaux puissants, c'est un rapace qui sera choisi pour figurer sur le Sceau des Etats-Unis d’Amérique comme symbole de souveraineté.

Oiseaux – Anonyme -  1840 – NGA, Washington