Previous month:
septembre 2018
Next month:
décembre 2018

SOPHISTICATION SULFUREUSE

1
Souriant, à demi renversé sur une peau de bête, un jeune homme étreint de son bras droit le bélier placé derrière lui et se tourne vers le spectateur. Une bien curieuse position pour ce jeune homme, ultime prophète chrétien et futur saint Jean-Baptiste. 

Sa position à la fois complexe et sophistiquée n'est pas sans évoquer celles qu'adoptent d'autres jeunes gens au plafond de la chapelle Sixtine, les ignudi de Michel-Ange, éphèbes musculeux aux poses étonnantes. 

Un siècle après la Sixtine, c'est aussi un Michel-Ange qui signe cette oeuvre romaine. Sulfureux peintre, Michelangelo Meresi di Caravaggio n'en est pas à son coup d'essai. Comme son célèbre prédécesseur, il évolue dans le monde des commanditaires romains prestigieux, celui des dignitaires ecclésiastiques de haut-rang.

Mais alors que l'on renculotte les postérieurs peints par Michel Ange au plafond de la chapelle vaticane, Caravage dévoile les nudités de nonchalants jeunes hommes, usant et abusant des effets de la veine naturaliste, parfois aux limites de l'acceptable.

Provocateur dans le traitement très naturaliste du corps, Caravage se démarque aussi de l'iconographie traditionnelle. Depuis des siècles, il est d'usage de représenter Jean-Baptiste accompagné de l'agneau, symbole du Christ crucifié. Le bélier - bien qu'animal du sacrifice aussi - ajoute une touche sulfureuse à la toile tout en évoquant un autre sacrifice biblique, celui d'Isaac qui préfigure la mort du Christ. 

Une transgression des codes qui vaudra cependant au peintre la célébrité malgré la rupture affichée avec l'idéalisation héritée de la Renaissance.

Cette toile est visible dans l'exposition "Caravage à Rome, amis et ennemis", musée Jacquemart-André. Elle sera commentée en cycle Actualités des expositions

Visite guidée de l'exposition jeudi 11 octobre 2018 à 12h15 (complet).